Legault s’en sort sans trébucher (ANALYSE)

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Au centre des tirs croisés de ses adversaires, François Legault a obtenu le débat sans faux pas dont il avait besoin pour protéger son avance sur la route qui mène aux élections du 1er octobre. Mais clairement, le chef péquiste Jean-François Lisée a été hier le plus efficace dans ses attaques.

Avec le bilan de son gouvernement à défendre, un peu entravé par son rôle de premier ministre, Philippe Couillard a souvent frappé son adversaire caquiste, sans vraiment le déstabiliser cependant. On peut penser que sa performance, bien que sans dérapage, ne suffira pas à convaincre des indécis d’appuyer le PLQ.

Nettement plus pugnace, Lisée partait avec un handicap : des attentes élevées. Maintes fois, il a piqué le chef caquiste, l’accusant, par exemple, d’avoir pondu son engagement sur les urgences « sur un bout de table, en prenant sa douche ». Nouveau coup quand il a reproché à Legault de conserver les revenus des médecins ontariens comme balise. Pourquoi s’aligner sur l’Ontario ? « Ce n’est pas Doug Ford qui va décider comment on paye les médecins », a décoché Lisée, après que le caquiste lui a demandé sur quelle planète il vivait.
LEGAULT FÉBRILE

M. Legault était visiblement fébrile, plus nerveux que ses adversaires, compulsant ses notes quand il avait l’impression de ne pas être dans le champ de la caméra. Plus agité, avec des gestes un peu saccadés qui venaient contredire l’image du premier ministre posé qu’il se devait de dégager.

Il faut dire qu’il a été sur la sellette toute la soirée. Il a même eu à essuyer les tirs croisés de ses trois adversaires pour son opposition au projet d’éoliennes à Apuiat, près de Port-Cartier. François Legault y voit une façon « d’acheter des votes sur la Côte-Nord ». Forcés d’acheter cette énergie coûteuse, « les gens d’Hydro sont découragés », a-t-il dit. Pour Philippe Couillard, ce projet est vital pour l’économie de la région, mais encore là, Lisée a assené le coup le plus incisif. « Vous n’avez pas vu le contrat ! », a-t-il lancé, soulignant que le chef caquiste ne savait pas à quel prix cette énergie serait produite. « Tous les gens de la Côte-Nord sont ensemble… Vous avez dit que vous étiez contre ! », a conclu Lisée.

Lisée et Couillard semblaient s’entendre spontanément sur plusieurs attaques à l’endroit de François Legault.

Le chef libéral lui a reproché son absence à une réunion sur la gestion de l’offre à la permanence de l’UPA. Legault était à Saguenay, l’entourage de Philippe Couillard lui avait fait savoir qu’il n’y serait pas non plus. Legault était manifestement surpris qu’on lui fasse grief de cette absence. Encore une fois, Lisée a posé le point d’orgue, rappelant qu’il devait être sur la Côte-Nord, mais qu’il avait changé son horaire pour être présent.

Le chef libéral a paru condescendant à la toute fin du débat, proposant à Manon Massé de lui expliquer les raisons du régime de la gestion de l’offre en agriculture. À l’issue des échanges, il paraissait éteint lorsqu’il a fait le bilan de sa performance. À la différence de ses adversaires, il a carrément éludé la question quand on a demandé quelle promesse non remplie entraînerait sa démission. Manon Massé a studieusement vendu les propositions de Québec solidaire à chaque occasion, mais moins déterminée que les autres chefs, elle peinait à s’affirmer. Elle a gauchement fait écho aux préjugés en toute fin des échanges. Si elle n’avait pas pu utiliser tout le temps qui lui était imparti, c’est parce qu’elle était une femme.

À plusieurs reprises, les échanges sont devenus cacophoniques. Jean-François Lisée, surtout, continuait d’intervenir pendant la réponse de son interlocuteur. « On a compris », a même laissé tomber le modérateur Patrice Roy pour couper le sifflet au chef péquiste.

LE TON MONTE SUR L’IMMIGRATION

Le ton a clairement monté entre MM. Legault et Couillard sur la question de l’immigration. Legault a demandé en vain que le chef libéral s’excuse au nom de son candidat dans Taillon, Mohammed Barhone, qui avait agité l’épouvantail des expulsions pour les ressortissants maghrébins qui ne réussiraient pas les tests de français prévus par la CAQ.

« Nettoyage de l’immigration… c’est comme ça que vous voulez faire de la politique… vous tolérez ça ! », s’est insurgé M. Legault. « Vous leur faites peur ! », a répliqué Philippe Couillard.

Ici, le chef caquiste a attaqué personnellement son adversaire : « Les Québécois sont tannés de vous avoir comme donneur de leçons », a-t-il laissé tomber. Bien sûr, M. Legault a eu du fil à retordre pour justifier son programme qui projette d’expulser les immigrants qui n’apprendraient pas le français au bout de trois ans. On devrait diviser les familles, séparer des enfants intégrés de leurs parents, a accusé M. Couillard. En outre, de renchérir Lisée, c’est au fédéral qu’il appartiendrait de conduire ces délinquants à la frontière, le Québec n’ayant pas le pouvoir d’expulser qui que ce soit.

Le débat fut l’occasion d’une première. Le PLQ a diffusé sur internet une vidéo reprenant une déclaration de François Legault en 1999. Couillard a amené Legault sur le terrain des coupes en éducation avant de lui rappeler qu’il avait déjà dit qu’elles pourraient se justifier pour éviter un déficit. « Vous avez dit en Chambre que c’était bon de couper dans l’éducation… on ne peut pas laisser des déficits à nos enfants ! », a dit Couillard, annonçant que la vidéo serait en ligne. « Je n’ai jamais dit ca ! », a lancé Legault, manifestement piqué au vif.

Lisée et Couillard s’échangèrent quelques coups, des affrontements convenus. Quand le chef libéral a accusé le gouvernement péquiste dont Legault et Lisée faisaient partie d’avoir procédé aux « pires coupes en éducation », Lisée a aussi eu une réplique épidermique. « Rien n’est votre faute ! C’est la faute à Lucien Bouchard ? Prenez vos responsabilités.»

Médiamosaïque avec La Presse +

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