Rencontre et débats à Radio-Canada: l’édito d’Atlas MTL (A.DADES)

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MONTRÉAL (MÉDIAMOSAÏQUE) – Suite à la tenue de la rencontre dénommée « Table de la diversité » initiée par Radio-Canada et Médiamosaïque, l’éditorialiste en chef du journal maghrébin Atlas Média, qui a pris à cet échange, qualifié par plus d’un d’historique et de productif, a publié dans son journal l’édito qui suit dont voici l’intégralité.

Par Abdelghani Dades* (Éditorial d’Atlas MTL)

André Fontaine, qui fut directeur du quotidien français Le Monde auquel, alors jeune débutant dans le métier, je confiais mon ambition de devenir un jour «un grand journaliste», me donna une leçon qui, depuis, guide chacun de mes actes professionnels.

«Aujourd’hui on pense systématiquement qu’un grand journaliste  est un journaliste qui travaille dans un grand journal; dit-il; or, les grands journaux et donc les grands journalistes font aussi les grandes erreurs. Dans notre histoire récente, (cette discussion se passait au XXème siècle), ils ont ainsi soutenu Staline sans voir les goulags, ils ont soutenu Pol Pot et contribué ainsi au drame cambodgien… N’essayes pas d’être un grand journaliste, essaye d’être un bon journaliste, un journaliste honnête; tu vivras alors heureux et en paix avec toi-même».

J’ignore si tous ses étudiants  des écoles de journalisme de Lille et de Paris, ont eu droit à ce cours de savoir-être professionnel, et si tel était le cas, s’ils s’en souviennent aujourd’hui, si au long de leurs carrières ils en ont respecté la teneur et la sagesse.  Car au-delà d’un statut, ce qui était recommandé alors, c’est, en toute circonstance professionnelle – étant avéré que les médias rendent fous ceux qui les font – de garder la tête froide, de rester modeste, de se considérer toujours (autre recommandation d’un autre grand professionnel; marocain celui-là; Abdallah Stouky pour ne pas le nommer) plus petit que la matière dont on traite.                                       

Avec le recul, aujourd’hui, quarante années  d’usure après mes débuts, mes jugements à l’aune de ces deux critères d’analyse des pratiques journalistiques  se font sévères à l’endroit de bien des «grands journalistes», Jean Daniel éditorialiste français et conseiller de plusieurs chefs d’États européens et africains; Mohamed Hassanine Heykel grand chef du quotidien égyptien Al Ahram (2 millions d’exemplaires par jour) conseiller de Jamal Abdennasser; le très fasciste Jean Dutourd ou, dans une moindre mesure, ici au Québec, Richard Martineau et Denise Bombardier, «idéologues» amateurs, prétentieux, inconséquents et peu soucieux de l’effet de leurs «grandes idées» généralement creuses, oiseuses et délétères sur le public et la cohésion de la société.

Devant quoi, je suis heureux, après le vertige des hauteurs occasionné par mes séjours à la tête de grands et influents journaux au Maroc, d’avoir reposé pied sur terre ici à Montréal, dans une petite publication communautaire, qui m’épargne le risque d’être un grand journaliste et qui me donne toutes les chances d’être un journaliste honnête, faisant un  travail de fourmi, plus proche de l’animation communautaire que du journalisme, mais dans une approche citoyenne, souvent à la limite de la pédagogique citoyenne, mais avec, au bout, une utilité qui gratifie infiniment, en raison inverse de la petitesse des tâches et de la taille du lectorat.

Trente à table

Tous ces souvenirs et toutes ces considérations me sont revenus en mémoires et occupé mes pensées, ce vendredi 24 septembre 2010, lors d’une rencontre au cours de laquelle les responsables d’une quinzaine de médias œuvrant dans les communautés culturelles échangeaient avec leurs confrères de Radio-Canada au siège de la société d’État, sur la place des communautés dans les médias nationaux. 

«Ce face-à-face devait permettre aux médias ethnoculturels, qui constituent une source d’information incontournable dans les communautés desservies, de donner l’heure juste sur les tendances, les doléances, qui prévalent actuellement dans les milieux concernés. Il s’agit également d’une démarche visant à établir des relations entre Radio-Canada et les travailleurs de la presse de la diversité», spécifiait  un communiqué diffusé par l’Agence de presse Médiamosaïque qui organisait la rencontre conjointement avec Radio-Canada.

À dire vrai, je n’en attendais pas autant de cette rencontre. Les initiatives de cette nature n’ont en effet pas manqué par le passé sans grands résultats; il aura fallu l’amicale insistance de mon confrère Donald Jean, directeur – fondateur de Média Mosaïque pour que je sois présent à la rencontre. Merci à lui d’avoir insisté,  car j’ai ainsi pu découvrir en les principaux faiseurs de Radio Canada des femmes et des hommes au statut de vedette ou travaillant dans l’ombre, dans les approches desquelles je me suis reconnu (professionnellement), qui remettent en cause constamment leurs approches, qui savent que même leurs plus belles œuvres demeurent perfectibles, que «Tam Tam» ou «Des kiwis et des hommes» sont certes des «touchers» mais qu’ils reste à transformer, que faire une télévision, ressemblant à la réalité démographique du pays auquel elle s’adresse et représentative de toutes les sensibilités qui la traverse, est un effort de tous les jours, éternellement recommencé.

Ils étaient quinze dans la salle, assoiffés d’apprendre et de perfectionner leur métier; et il y en avait deux fois plus, au moins, qui animés des mêmes intentions, n’avaient pu prendre part à ce premier round. Merci à Hélène Parent, Directrice de la Diversité à l’antenne et à Donald Jean, PDG de Médiamosaïque, de l’avoir organisé. Parions que si un deuxième round  avait lieu, aux côtés de Michel Desautels, Patrice Roy, Nathalie Riel, Jacquelin Castonguay, Micheline Fortin, Isabelle Monpetit, Claude Robillard, Mélanie Ranger (et tout ceux que je ne cite pas); prendront place autour de la table les Michel Labrecque, Luc Chartrand, Saïd Khalil, Georges Amar etc.

 

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*Abdelghani Dades est rédacteur en chef du journal Atlas MTL (Cet éditorial, qui fait suite à la rencontre du 24 septembre entre la presse ethnoculturelle et Radio-Canada, est paru dans le numéro 140 dudit journal). Sur la photo, M.Dades, extrème-droite, pose en compagnie de son équipe)