«Parrainage humanitaire» : un cadeau empoisonné à la communauté haïtienne?

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MONTRÉAL – Yolande James se défend d’avoir offert un cadeau empoisonné à la communauté haïtienne. Au contraire, le gouvernement du Québec s’est montré extrêmement  généreux envers les Haïtiens qui ont été durement éprouvés par le séisme du 12 janvier, a estimé la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles.

En effet, près de deux mois après le tremblement de terre qui a ravagé Haïti, aucun des réfugiés ou parrainés prévus dans le cadre du  programme mis en branle récemment par Québec n’a encore foulé le sol québécois. Si la ministre Yolande James ainsi que son homologue canadien Jason Kenney rassuraient que tout allait être fait (un délai d’environ 3 mois dans le cas de M.Kenney) pour faciliter les choses, les lourdeurs administratives inhérentes au programme semblent alourdir le processus.

Dans une entrevue exclusive accordée à l’Agence de presse Médiamosaïque, la ministre fait le point autour du programme et répond aux inquiétudes manifestées par bon nombre de gens dans la communauté haïtienne. Ci-dessous, l’intégralité de cet entretien entre notre journaliste Donald Jean et  la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James.

 

 

VERBATIM DE L’ENTREVUE

Donald Jean : Mme la ministre, bonjour
Yolande James : Bonjour M.Jean, bonjour Média Mosaïque!

*Question : On est à près de deux mois après le séisme, le processus que vous avez adopté pour faciliter l’arrivée de personnes sinistrées au Québec semble être pas mal long, pas vrai Mme James?

Yolande James : Je ne dirais pas long, parce qu’il faut remonter le cours des choses pour voir l’ensemble des gestes qui ont été posés par notre gouvernement depuis la catastrophe. Le gouvernement du Québec a mis sur pied la cellule de crise, la situation des étudiants, l’adoption internationale, ainsi que l’immigration. Les formulaires sont disponibles depuis le 17 février et que les gens peuvent faire leurs demandes. On est là pour les accompagner à la fois dans les différents centres à Montréal, sur la Rive Sud, à Laval et partout au Québec.

*Question :Mise à part la lenteur du processus, les gens estiment que c’est trop coûteux, bon nombre de gens estiment que les montants faramineux que vous réclamez ne sont pas applicables à la communauté haïtienne, qui n’est sans doute pas la communauté la plus fortunée Mme James…

Yolande James : C’est une question d’équilibre, je redis qu’il s’agit d’une réponse exceptionnelle à une situation exceptionnelle. Cela tient compte de ce que la diaspora et de ce que la société d’accueil a exprimé aussi. Je ne rends service à personne en laissant rentrer au Québec des personnes qui ne seraient pas capables de s’intégrer à la société. C’est l’équilibre qu’il faut respecter. Ça prend absolument un niveau de revenus démontrant que le répondant est capable de prendre soin de son unité familiale et qu’il dispose de revenus supplémentaires pour s’occuper de la personne parrainée.

Et justement, pour venir en aide aux personnes qui n’ont pas assez de revenus, j’ai adopté la clause tiers-garant de façon exceptionnelle en fonction de la situation en Haïti en permettant à une personne qui n’est pas membre de la famille de cautionner financièrement un répondant qui n’aurait pas les revenus exigés.

*Question : Vous réclamez près de 68 000 de revenus annuels à un couple qui a 2 enfants et qui souhaite faire rentrer 2 personnes sans compter les frais pour le traitement des dossiers 500 du fédéral, 250 pour Québec et 150 pour chaque sinistré, mais c’est une fortune pour bien des gens, vous admettez?

Yolande James : Je me rappelle l’avoir dit dès le début : en quoi rend-on service à la famille au Québec à la famille qui vient d’arriver si on n’est pas capable d’en prendre soin? On part de ce principe-là pour exiger ces revenus, mais il y a plein de Québécois de toutes origines qui ont fait preuve d’une grande générosité et qui ont manifesté une volonté de venir en aide aux gens, alors pour ces personnes en difficulté il y a la clause du tiers-garant qui peut grandement aider dans ces circonstances.

*Question : Sur quoi vous vous basez Mme James pour choisir les 3 000 personnes. On sait que même pour le Kosovo, dont les liens avec le Québec ne sont pas aussi étendus, on avait accepté d’héberger 5000 d’entre eux, n’est-ce pas?

Yolande James : C’est sûr que le 3000 c’est le chiffre maximal. Il ne faut pas faire des comparaisons comme ça en parlant du Kosovo parce que chaque situation est différente. Le 3 000-là, c’est juste pour ce programme spécial. En plus de ça, le programme général de réunification familiale se poursuit avec 1500 dossiers actuellement en cours et les gens continuent à faire des demandes, sans compter les travailleurs qualifiés.

*Question : Pour les dossiers de réunification familiale déjà en cours dont vous parlez justement, ne pensez-vous pas qu’il y a bien de ces gens qu’on voulait parrainer qui sont morts lors du séisme?

Yolande James : Pas juste les cas qui sont en cours, les gens peuvent continuer à  faire des demandes, ça n’affecte pas le programme spécial  qu’on vient de mettre sur pied pour Haïti. Tout ça pour dire quand on regarde la somme des actions, cela démontre qu’on a été extrêmement généreux envers la comunauté haïtienne.

Je comprends que bon nombre de gens soient déçus, mais vous admettez également que je serais incapable de dire qu’on va répondre aux besoins de tout le monde parce que c’est tellement énorme la situation d’Haïti maintenant et ça prend les efforts de tous. Le gouvernement du Québec fait sa part et on a aussi entendu les déclarations du premier-ministre Jean-Max Bellerive et du président Préval qui font remarquer qu’il y a un équilibre à chercher, à savoir que tout le monde ne peut pas quitter Haïti, car il en faut pour la reconstruction du pays.

*Question : Pensez-vous que la communauté haïtienne aurait pu bénéficier davantage s’il y avait eu un gouvernement du Parti québécois (PQ) à Québec?

Yolande James : Écoutez, je l’ai dit dès le départ que dans cette situation-là où l’on a vu l’immense souffrance de la population d’Haïti et de la communauté haïtienne qu’il n’était pas une question de faire de la partisannerie politique. Au-delà des couleurs politiques, quand on a posé nos gestes, que ce soit en matière d’immigration, il n’était pas question de faire de la politique partisane, c’était plutôt de voir rapidement dans les circonstances les gestes à poser.

*Question : La chef du PQ, Pauline Marois, avait même demandé à Québec de défier Ottawa qui ne voulait pas lâcher du lest sur cette question et la communauté haïtienne était bien déçue de la position de Stephen Harper et de Jason Kenney?

Yolande James : Comme je vous le dis, il n’était pas question de faire de cette question-là un enjeu politique et partisan. Dans tout ce drame, ce qui m’a guidée c’était de me dire quel est le maximum d’efforts  que je peux faire pour venir en aide à la communauté haïtienne. On a vu que le premier-ministre était très ouvert, on a vu son action, une cellule de crise a été mise sur pied. Je dois vous dire franchement que j’ai pas en tête de partir en chicane avec qui que ce soit. L’essentiel c’est de voir ce qui doit être fait pour aider les gens.

*Question : Mme James, vu que votre programme spécial en matière d’immigration ne répond clairement pas aux besoins  d’une majorité de gens dans la communauté haïtienne, pensez-vous qu’il y a une possibilité de le modifier dans les jours à venir?

Yolande James : Je pense que dans tout ce processus-là, avant même de procéder à l’annonce de ce programme, on se mettait à l’écoute de ce qu’avaient demandé les leaders de la communauté haïtienne, à l’écoute de la société d’accueil avant d’aller de l’avant avec le programme. Je suis tout à fait consciente que ce programme ne répond à ce que tout le monde souhaite et que les gens auraient souhaité. Mais depuis l’annonce, les règles étaient claires et cela part du principe qu’il faut respecter un certain équilibre.

Je ne rends service à personne si je dis oui à tout le monde qui veut voir l’arrivée de leurs proches et que les gens ne soient pas capables de prendre soin d’eux. Est-ce qu’on veut vraiment aider en faisant cela, est-ce qu’on veut vraiment aider? Dans un principe d’agir de façon responsable, c’est pour ça qu’on tient à garder cet équilibre-là mais c’est sûr que la situation évolue et on regarde aller les choses.

*Question : C’est pas un cadeau empoisonné de Yolande James à la communauté haïtienne comme certains le prétendent?

Yolande James : Écoutez, moi, je pense que c’était une question d’aider les gens. Et je l’avais dit dès le premier jour dans la conférence de presse après la catastrophe qu’une telle possibilité, ça prend des revenus pour s’occuper des proches qu’on veut faire venir au Québec.

*Question : Mais pourquoi au minimum vous n’éliminez pas les frais de traitement, au moins cela pourrait aider bon nombre de gens qui doivent payer alors qu’ils ne savent même pas si leurs dossiers vont être acceptés?

Yolande James : On l’avait considéré cette possibilité, mais le gouvernement fédéral a gardé ses frais de son côté, c’est aussi… pour que ça soit arrimé dans des situations comme ça.

Donald Jean : Merci Mme la ministre
Yolande James : Au revoir M.Jean!

 

 

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PHOTO MEDIAMOSAIQUE.Com/Cr Google (la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James)