Guy Fournier accuse le Québec d’avoir «la télé la plus ethnocentrique de l’Occident»

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MONTRÉAL – Les pratiques télévisuelles du Québec sont uniques en Occident et contreviennent aux réalités contemporaines et démographiques de la Province. Un tel point de vue est de Guy Fournier. Cet auteur et réalisateur québécois voit dans la façon de faire de la télévision d’ici l’équivalent d’un modèle vieillot, protectionniste et nombriliste.

Dénonçant le conservatisme des décideurs de ce milieu, M.Fournier s’est moqué de la facilité avec laquelle ces derniers, se croyant vivre dans une bulle, s’opposent systématiquement à tout ce qui n’est pas fait à l’écran par et pour les Québécois de souche. Selon lui, aucune amélioration ne sera perceptible sans un volontarisme affiché des hauts cadres du paysage télévisuel québécois.

 

Un milieu anti-diversité?

Fournier, qui avait osé placer Dany Laferrière à TQS en 1986 pour présenter la météo, ne regrette pas son choix même si trois jours après il révèle avoir été sermonné par d’autres collaborateurs de la manière suivante: « « Ton nègre-là pour la météo, ça fait un bon stunt publicitaire mais faudrait que t’arrêtes-là, de toute façon personne ne le comprend ». Ce qui était totalement faux et je leur ai répondu: « ou moi ou le nègre, il ne partira pas »», a-t-il raconté.

«J’ai déjà eu le même problème à TVA dans un télé-roman où l’on m’avait dit: « écoute-là, les Noirs pour faire la télévision, les gens n’aiment pas ça! » Les télévisions en soi ne sont pas très très réceptives aux acteurs ou à des gens de nationalités étrangères», a accusé Guy Fournier qui intervenait le 2 décembre dernier sur les ondes de Radio-Canada à l’émission Christiane Charette.

 

Immigrants et Anglos absents

Il n’y a pas que les immigrants à être absents à la télévision québécoise. À cette émission, dont des extraits sont rapportés par l’Agence de presse MÉDIAMOSAÏQUE, intervenait également le journaliste Brendan Kelley dont un article paru dans la Gazette dénonçait la non présence des Anglophones d’origine à l’antenne et dans le personnel de Radio-Canada.

«On entend aucune voix d’Anglophones à Radio-Canada à part Christopher Hall qui est très bon, mais c’est incroyable que des médias comme Radio-Canada, TVA, n’ont jamais d’Anglophones dans leurs shows de variétés ou talk-shows, je trouve ça étrange!», s’est plaint M.Kelly qui a réalisé un papier récemment sur la percée de l’animatrice d’origine haïtienne, Isabelle Racicot, à TVA.

 

«La télé la plus ethnocentrique de l’Occident»

«On n’a pas besoin de regarder la télévision à l’extérieur du Québec pour considérer qu’on a probablement la télévision la plus ethnocentrique de tout l’Occident. On a une télévision qui est totalement centrée sur ce que j’appelle les Québécois de souche. Et ça va pas juste pour les téléromans, c’est aussi le cas pour le personnel de cette télévision-là au niveau des gens qu’on interviewe on est totalement ethnocentrique», de poursuivre Fournier.

En guise de comparaison, il évoque la situation en France: «si tu regardes la télévision française, à tout bout de champ, on va interroger les Américains, on va interroger les Anglais, on va donner une traduction simultanée, ce qu’on ne fait à peu près jamais ici parce que les gens qui font la télévision sont convaincus que personne ne peut supporter la traduction simultanée.»

Guy Fournier déplore aussi le fait «qu’aucun télé-roman produit en anglais ou dans d’autres langues n’ait été adapté depuis cinq ans, aucun!». Il dit avoir essayé «de proposer des choses à Radio-Canada, à TVA, personne n’est intéressée parce qu’on est tellement convaincus qu’on fait la meilleure télévision du monde, on veut même pas regarder ce qui se fait ailleurs parce qu’on est convaincus que tout ce qu’on fait est meilleur».


La faute à Céline Dion et à Robert Lepage

Se mettant dans la peau de ceux qui prennent le contrepied de cette vision des choses, Christiane Charette a évoqué «l’hypothèse que les Québécois forment une minorité dans une marée d’Anglophones qu’il est normal …que notre culture soit forte et qu’on doit faire une télévision cohérente, homogène, centrée sur nous-mêmes..»

«Sociologiquement, cela s’explique le fait que notre télévision soit ethnocentrique, mais ce qu’il faut comprendre maintenant, c’est que les jeunes ne sont plus ethnocentriques», a contrattaqué Guy Fournier qui fut également en 2006 président du conseil d’administration de la Société Radio-Canada.

Raisonnant par l’absurde, Guy Fournier a attribué la faute à deux Québécois dont la célébrité mondiale est, pour de vrai, incontestable. «Céline Dion, Robert Lepage ont fait un grand tort à notre culture. Imaginez qu’à cause d’eux on se met à penser qu’on est vraiment meilleurs que tout le monde, faudrait peut-être revenir sur terre!», a ironisé le réalisateur.

Cliquez en-dessous pour écouter:

Entrevue SRC Christiane Charette

 

 

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PHOTO MEDIAMOSAIQUE.Com/Le Studio1 (À gauche, l’auteur et réalisateur québécois ex-président du CA de la Société Radio-Canada, Guy Fournier. À droite, les logos de quelques chaînes de télés québécoises)