Qui va gagner le match: les journalistes ou les politiciens? L’«éditorial» de François Croteau

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Dans ce qu’il s’est permis d’appeler lui-même, en plaisantant, son «éditorial», le maire de Rosemont, dit en avoir assez de la rivalité qui, pour des motifs d’ordre économique, politique ou autres, souvent cachés, imprime sa marque dans la relation entretenue par les journalistes et les politiciens.

François Croteau, qui semblait avoir beaucoup à dire en ce sens, dénonce cette façon de faire de la presse qui privilégie l’image au détriment du contenu. Une pratique qui, à son avis, ne dessert vraiment pas la population. Car, le politicien, pour tirer son épingle du jeu, s’est vu obligé de recourir aux artifices montés de toutes pièces par des stratèges en communication pour protéger son image.

Nouveau venu en politique, il n’a pas caché sa surprise et sa déception de voir qu’il n’a plus la crédibilité et l’aura de chercheur et d’enseignant à l’université qu’il détenait auprès du monde médiatique dans son domaine de formation tout simplement parce qu’il a choisi récemment de devenir politicien.

Lors d’une entrevue accordée à l’Agence de presse «Média Mosaïque», le maire s’est fermé les yeux pour laisser parler son cœur. En voici donc le verbatim de l’extrait au cours duquel il a livré d’un trait ses commentaires sur ce «game de mauvais aloi» entre les journalistes et les politiciens au Québec.

 

Propos signés François Croteau:

«Écoutez, depuis une vingtaine d’années, on vit sous la norme tacite de cette lutte à n’en plus finir entre les politiciens et les journalistes. Chacun d’entre eux pense pouvoir la gagner pour démontrer à l’autre que l’estime de la population est de son bord.

Le journaliste essaye de pousser le politicien à dire les mots qui vont le faire mal paraître. Le politicien va-il être assez adroit, bien préparé par son spécialiste en communication pour ne pas commettre de faux-pas? Il y a ce petit- jeu et l’on doit se demander, à quoi ça sert quand on s’écarte de ce qui est fondamental.

Je n’ai pas envie de jouer de partie avec personne. Quand un journaliste m’interviewe, je lui livre ce que j’ai à livrer. À mon avis, je ne pense pas que la société civile va pouvoir contrecarrer cette façon de faire entre les journalistes et les politiciens. Si on décide de s’y attaquer, cela va prendre des années  parce qu’on est dans un modus operandi très solide.

Les premières entrevues que j’ai données, elles sortaient de mes tripes, c’était vrai. On les prend ou on les prend pas, en tout cas ça sortait de mon cœur. Je n’ai jamais préparé, je n’écris pas mes discours.  Il n’y a personne qui les écrit pour moi, je sais ce que j’ai à dire dans ma tête et ça va sortir tout naturellement parce que cela sort du cœur.

Deux journalistes d’un grand média pendant la campagne électorale (2009) m’ont interrogé; je veux toujours être très honnête, je livrais mon message et à un moment donné, je me suis rendu compte que chacune des questions contenait des pièges et cela devient lourd terriblement lourd. Moi qui voulais être honnête, je disais ce que je pensais, et voilà qu’il y avait cinquante millions de pièges dans les questions…

Je ne peux pas comprendre pourquoi moi, qui enseignais à l’université et chercheur dans le domaine de l’aménagement urbain, étais crédible avant mon entrée en politique, ne sois plus crédible aux yeux des médias 24 heures après mon adhésion à un parti politique. Pourquoi? Je suis toujours la même personne avec les mêmes connaissances. Du jour au lendemain, je ne suis plus un expert dans mon domaine, je suis un politicien, un ignorant qui ne dit que des choses partisanes, je ne comprends pas, j’aimerais comprendre!»

 

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PHOTO de courtoisie (Le maire de Rosemont-La-Petite-Patrie et doctorant en études urbaines de l’UQÀM et collaborateur à la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable, François Croteau)