Immigration illégale: Vers l’érection d’un mur le long de la frontière haïtiano-dominicaine? (OPINION)

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PORT-AU-PRINCE (MÉDIAMOSAÏQUE) – Les Dominicains ne lésinent pas sur les moyens pour barrer la route à l’arrivée massive d’immigrants illégaux haïtiens sur leur territoire. De plus en plus de voix, et non des moindres en République Dominicaine, se disent favorables à l’érection d’un mur le long de la frontière séparant les deux États partageant l’Île d’Hispaniola. En effet, pour couper court à ce qu’il appelle l’«haïtianisation» de la République Dominicaine, le secrétaire du Parti réformiste social chrétien (PRSC) et député de la province du Bahoruco, Jose Luis Gonzales, a récemment recommandé aux autorités de son pays d’envisager une telle possibilité.

Appel au rapatriement sans délai des illégaux

L’idée d’expulser les travailleurs haïtiens, piégés dans cet univers hostile mais salutaire au regard de leurs conditions de vie dans leur propre pays, séduit des groupements communautaires. En effet, plusieurs groupuscules bruyants exhortent le gouvernement dominicain de rapatrier sans délai tous les sans- papiers Haïtiens de Santiago, sinon ils menacent de le faire eux-mêmes. L’avocat activiste Jose Alberto Peña, coordonnateur d’un organisme, a lancé récemment un tel ultimatum lors d’une rencontre réunissant les représentants des groupes communautaires, des parlementaires et des représentants du gouvernement dominicain à Santiago.

Des déclarations incendiaires qui ne sont pas sans rappeler les propos du même acabit tenus en 1995 à New-York par un éminent historien dominicain Frank Moya Pons alors que ce dernier s’adressait pourtant à un auditoire composé d’Haïtiens et Dominicains résidant aux États-Unis. Frank Moya Pons eût à dire en concluant sa présentation, et nous le citons : « La migration haïtienne est en train de « négrifier » la République Dominicaine ».

Sommet Préval/Fernandez : quelle gouvernance frontalière?

Cette rencontre convoquée par les deux gouvernements témoigne de l’urgente nécessité de redéfinir, dans une dynamique plus consensuelle et non discriminatoire, les relations haïtiano-dominicaines. Elle devait être l’occasion pour les deux pays de plancher enfin sur des questions fondamentales qui animent les relations mais, qui  pendant longtemps ont été occultées: les échanges commerciaux, la migration, la gestion de la frontière, la lutte contre la drogue, le trafic humain etc. Il s’impose qu’Haïti articule sa politique à l’égard de la République Dominique suivant une vision plus large qui doit se reposer sur les synergies entre les acteurs tant nationaux que bi-nationaux pour favoriser une gouvernance frontalière, indispensable à la gestion du flux migratoire. Cette gouvernance prioriserait des éléments normatifs, des politiques publiques conjointes avec des règles claires et des engagements fermes du coté des deux Etats à garantir la libre circulation des travailleurs frontaliers.

Au regard de la proportion que prend la question migratoire, tant sur le plan démographique que sur le plan politique en République Dominicaine, Haïti, en particulier, ne peut plus faire semblant d’ignorer ce problème. Haïti ne peut faire table rase des centaines de milliers de ses fils et filles qui ont souffert et qui souffrent encore du fait qu’il n’y a jamais eu une prise en charge responsable de ce problème de part et d’autre. La République Dominicaine, à ce tournant, ne peut pas non plus exclure Haïti de la solution. Ce sommet est un impératif. Evidemment,  le Ministre des Affaires Etrangères Dominicains, Carlos Troncoso  a révélé à la presse de son pays que le président haïtien n’a pas encore confirmé la date arrêtée pour la tenue du sommet qui devait avoir lieu cet automne. En attendant les esprits se déchainent en République Dominicaine.


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PHOTO MEDIAMOSAIQUE.Com/Cr Beyonthedriver (Une vue de l’Île d’Hispaniola partagée par les deux États: Haïti et la République Dominicaine)

*Jean-Gardy Lorcy
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