ZOOM sur le «bling-bling» des riches d’Haïti sous l’ère Martelly (LE MONDE)

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MONTRÉAL (MÉDIAMOSAÏQUE) – Les Acra, Brandt, Mews, Bigio, Boulos, Apaid, qui forment, à en croire le journal français « Le Monde », « la dizaine de familles clés » ou « les 3% de possédants qui gèrent 80% de l’économie » d’Haïti, ont, pour une rare fois, accepté d’exposer toute la rutilance de leur richesse au cœur de l’immense pauvreté qui pue à quelques mètres de leur nez à Port-au-Prince.

Des oligarques soudainement loquaces…

Invisible dans le social où elle pourrait contribuer à amadouer la colère des bidonvilles, et malgré sa déconnexion totale d’avec l’Haïti profonde, cette élite qui fait fructifier bon an mal an ses millions au détriment du peuple qui, deux siècles après, n’a rien tiré de l’aventure collective de 1804 (l’indépendance), semble profiter d’une confortable détente politique avec l’arrivée de Martelly au pouvoir.

Parler de chiffres d’affaires a toujours été un sujet tabou dans le milieu du business en Haïti. Entendre aujourd’hui l’homme d’affaires haïtien, bien connu, Réginald Boulos, s’époumoner : « Je possède la plus grande chaîne de supermarchés du pays. Mon chiffre d’affaires atteint les 35 à 40 millions de dollars », relève de l’inénarrable ou d’une nouvelle tendance?

Quand Marc-Antoine Acra, 36 ans, confie que « le pays a toujours été dirigé par des descendants d’Européens. C’est Duvalier qui a misé sur nous. On lui doit beaucoup »,  cela résume tout un cours d’histoire contemporaine pour les jeunes, scolarisés ou pas, qui ignoraient que l’élite à teint clair d’Haïti est balkanisée entre ceux qui se considèrent, d’un côté, comme les dignes héritiers d’Alexandre Pétion ou de Boyer Bazelais (mulâtres: descendants de colons blancs et d’esclaves noires) et, de l’autre, les richissimes familles haïtiennes d’origine arabe, installées au pays au début du 20e siècle.

Il n’est pas courant, non plus d’entendre un illustre membre de cette même famille Acra admettre que son grand-père est un « saknando »,  terme créole, utilisé pour désigner les pauvres immigrants arabes qui n’avaient qu’un sac sur le dos en arrivant en Haïti. Marc-Antoine Acra l’a même dit, de sa propre bouche, que les membres de sa famille sont « perçus comme des rapaces » au pays.

Dans la sous-traitance où il offre un salaire de misère à ses 10 000 employés, Clifford Apaid, 35 ans, dont le père Andy Apaid a activement contribué au renversement du président Jean-Bertrand Aristide en 2004, passe lui aussi aux aveux, et nous le citons: « Nous ne participons pas à la création d’une classe moyenne. »

Une oligarchie à neutraliser?

Les temps ont-ils changé? La « discrétion paranoïaque », comme l’a fait remarquer l’auteur de l’article, Arnaud Robert, se conjugue au passé. La modernité ou une nouvelle génération d’entrepreneurs semble vouloir émerger. Jerry Tardieu, qui pilote en ce moment un énorme projet hôtelier au cœur de Pétion-Ville, ne mâche pas ses mots : « Nous ne pouvons abandonner l’économie aux mains de quelques familles ».

Le Pdg de Digicel Haïti, le Belge Maarten Boute, n’y va pas avec le dos de la cuillère, non plus, en déclarant : « Ici, la communauté d’affaires est conduite par une oligarchie. Les prix sont 25% plus chers que dans le reste de la Caraïbe. Nous avons lancé un immense coup dans cette fourmilière léthargique. Nous étions confrontés à bien des problèmes que nous avons réussi à surmonter : l’insécurité endémique, les menaces de kidnapping, le manque d’infrastructures et d’électricité. Nous avions la chance d’avoir les reins assez solides pour éviter les bâtons dans les roues politiques que les entrepreneurs haïtiens ont cherché à nous enfiler. Les grandes familles haïtiennes sont milliardaires en gourdes, la monnaie nationale. Nous sommes milliardaires en dollars. Ils ne pouvaient pas lutter. »

À noter que, ce papier du journal Le Monde, dont les extraits les plus importants ont été repris par l’Agence de presse Médiamosaïque, a omis d’explorer la piste de la diaspora qui regorge également d’entrepreneurs prêts à se lancer en affaires ou déjà implantés en Haïti. Ces derniers se considèrent d’ailleurs comme des rescapés du système en fuyant, via l’exil, la répression, à la fois, économique et politique, cautionnée, voire orchestrée, par cette élite bling-bling.

L’ère Martelly, brouille-t-elle les pistes?

Pascale Théard, cette héritière d’un fabricant de spaghettis local, qui conseille la présidence pour les questions liées aux artisans, en veut à Aristide, pour avoir, selon elle, misé sur les clivages et la haine de classe. Mme Théard se définit comme «une déçue d’Aristide. J’ai cru au changement. Mais il a monté les Haïtiens contre les Haïtiens. Aujourd’hui, je soutiens le président Martelly », a-t-elle affirmé en éludant le fait que Martelly, quoiqu’issu de la paysannerie ou de milieux modestes, soit lui aussi à teint clair et dispose d’un laissez-passer au sein de bon nombre de ces familles aisées, ce qui leur garantit automatiquement la stabilité.

Martelly, a-t-il réussi à décrisper l’atmosphère en donnant lui-même le ton? L’actuel président qui, dans son passé d’artiste très politisé au cours duquel il a même pactisé avec les forces paramilitaires, voire l’extrême-droite haïtienne, devient méconnaissable : « On a décrit les riches haïtiens comme l’élite la plus répugnante au monde parce qu’ils ont délaissé le côté social, ils ont privilégié leurs intérêts et ont abandonné la population. Ils sont responsables de la misère dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Il est inacceptable que certains d’entre eux se contentent de faire venir du riz et n’investissent plus dans l’agriculture nationale. Il faut aujourd’hui favoriser la classe qui a été dominée depuis 207 ans d’indépendance. Je suis le catalyseur de ce changement », propos signés par nul autre que Michel Martelly dans les colonnes du Monde.

On dirait qu’il est devenu le nouveau Chavez de la Caraïbe.  La mouche de Castro, qu’il a visité, en novembre dernier, l’a-t-il piqué? Car, pareil extrait qui sortirait de la bouche d’un Jean-Bertrand Aristide au pouvoir aurait pu mettre Port-au-Prince à feu et à sang. Les mots n’ont-ils plus leur sens? La connotation, qui charrie les non-dits ou la virulence de l’intention de leur auteur, n’est plus de mise. Enfin, vu qu’il a une pénétration à la fois dans l’élite et dans la masse, Michel Martelly, réussira-t-il là où Aristide a échoué en garantissant la sécurité aux mieux nantis et en fournissant à manger et à boire à son peuple qui meurt de faim?

L’intégrale de l’article sur le site du journal Le Monde

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