Une Haïtienne accède au club select des centenaires du Canada

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Par Frantz Gwano

Le nom de Fanie Azor s’ajoute désormais au club sélect des centenaires du Canada. Âgée aujourd’hui de 101 ans, Mme Azor, qui a émigré au Québec en 1977, est née le 14 juillet 1906 à Laboule, en Haïti.

 

Haïti, «fière» de sa centenaire

D’ailleurs, pour souligner son 101e anniversaire, le gouvernement haïtien, par le biais du ministre des Haïtiens à l’étranger, avait fait acheter un bouquet de fleurs et formulé des vœux de circonstance à l’endroit de cette grande dame.

Ce bouquet de fleurs lui a été transmis en personne par la vice-consule du Consulat d’Haïti à Montréal, Junia Barreau, selon ce qu’a constaté sur place un journaliste de l’agence de presse montréalaise MÉDIAMOSAÏQUE.

Une centenaire très lucide

Affaiblie inévitablement par le poids des ans, pourtant, grande a été notre surprise de constater que Fanie Azor conserve encore toute sa lucidité. Sa mémoire demeure quasi intacte. Elle garde également son sens de l’humour, s’exprime normalement et a encore de l’énergie à revendre.

Questionnée par MÉDIAMOSAÏQUE sur le secret de sa longévité, Mme Azor répond spontanément que la clé réside dans l’amour. Selon elle, cela passe par l’amour envers ses prochains.

La fille de la centenaire, Dieudonne Azor, avec laquelle elle vit à Montréal est aujourd’hui septuagénaire (74 ans). Actuellement, Fanie Azor peut s’enorgueillir d’avoir 5 petits enfants, 9 arrière petits-enfants et 2 arrière-arrière petits enfants.

Enfance de Fanie Azor

Benjamine d’une famille de huit enfants, dont cinq garçons et trois filles, Fanie Azor est la fille de Prophète Azor et de Corancie Guillaume. Née dans une localité non loin de Laboule (Port-au-Prince), elle fut baptisée à l’Église Saint-Pierre de PétionVille. Très jeune, elle a vu partir son père et ses frères. Sa mère décida alors de s’installer à Pétion-Ville pour ne jamais retourner à Laboule, car elle ne pouvait pas s’expliquer les raisons de la mort de ses enfants.

À Pétion-Ville, par contre, Fanie était devenue une enfant gâtée, très choyée par ses proches. Elle était confiée à une certaine madame Casséus et, très vite, la maisonnée tomba sous le charme et l’intelligence de la petite Fanie.

Une vie de battante

Elle a épousé très jeune, Ivinsil Joseph, originaire de Jacmel, qui lui aussi partira très vite pour l’au-delà, laissant derrière lui deux enfants Philippe Joseph et Dieudonne Azor, trop jeune à l’époque pour se souvenir de son père.

Voilà Fanie qui doit s’occuper de l’éducation de ses enfants toute seule, comme la plupart des courageuses mères haïtiennes. « Se mwen ki te manman se mwen ki te papa (J’ai été à la fois père et mère) ».Elle était commerçante au marché Salomon, c’est de cette activité qu’elle s’occupait ses enfants.

Replongée dans le deuil avec la mort de son fils Philippe à New-York, à l’âge de 54 ans, la courageuse Fanie n’a jamais abandonné. Car, elle tenait à son profil de battante et c’est une femme qui a aimé la vie, les gens…

Événements marquants

Beaucoup d’événements et de catastrophes naturelles ont marqué sa vie et elle s’en souvient encore aujourd’hui comme si c’était hier. Fanie énumère, entre autres, la mort prématurée de son mari et de celle de son fils.

En termes d’événements sociopolitiques, elle se rappelle très bien le départ du président haïtien, Elie Lescot, qui a créé, selon elle, un climat de panique dans le pays et a même inspiré des groupes de « Mardis Gras ».

« Papa Lescot ou kite peyi a ou ale ou pa di anyen (Papa Lescot vous partez sans dire un seul mot) » un refrain qui était sur toutes les lèvres à l’époque, qu’elle a fredonné au cours de cette entrevue qu’elle a accordée à Mediamosaique.

La succession de différents gouvernements qui ont toujours charrié des vagues de violences et de pillages en Haïti, l’ont beaucoup marquée aussi. Fanie n’oublie pas, non plus, ses différents pèlerinages à Saut-D’eau, car elle a toujours été une fervente croyante.

Voyages en Haïti

Depuis son arrivée au Canada en 1977, Fanie n’a effectué que quatre (4) voyages en Haïti. Son dernier périple au pays natal remonte à 1991 et, malheureusement, ce voyage lui a laissé un goût amer pour deux raisons.

D’abord, elle s’estime être trop âgée pour pouvoir revisiter Haïti : « a laj mwen pitit, mwen paka pran soukous avyon anko (À mon âge, je ne peux plus supporter les secousses d’un voyage en avion) ».

Ensuite, elle garde encore les mauvais souvenirs du coup d’État de 1991 contre le président Aristide (1ère version) où les tirs nourris se faisaient entendre partout dans Port-au-Prince. Pire encore, elle était obligée d’y rester, vu que tous les vols étaient annulés à l’occasion.

Fanie Azor souhaite enfin que les Haïtiens puissent finalement s’entendre. Selon la centenaire canadienne d’origine haïtienne, ils doivent voir les intérêts du pays et faire taire leurs passions et leurs différends de chapelle.