Un quasi vent de « GNB » souffle sur la province du Québec

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MONTRÉAL – Jean Charest a longtemps laissé croire qu’il a « les deux mains sur le volant ». En réalité, depuis trois mois, le premier ministre du Québec n’est plus le seul à être aux commandes. Son autorité est contestée par la fougue d’un leader étudiant d’une vingtaine d’années, du nom de Gabriel Nadeau-Dubois, qui n’arrête pas d’impressionner les Québécois.

 

Charest désarçonné par la rue

Gabriel Nadeau-Dubois, dont les initiales (GND) ressemblent étrangement au sigle du mouvement populaire qui a provoqué en 2004 la chute du président haïtien Jean-Bertrand Aristide (GNB – en créole Gren-n Nan Bouda: il faut avoir des couilles, en français), fait voir de toutes les couleurs à Jean Charest, qui boucle la dernière année de son règne après trois mandats consécutifs à la tête de la Province.

Charismatique, imperturbable, GND, comme l’appellent ses partisans, a prouvé mardi, devant les caméras du monde entier, que le premier ministre ne contrôle plus rien dans la métropole du Québec malgré l’adoption par l’Assemblée nationale de la Loi 78 qui a transformé le Québec en un véritable État policier.

Assaillies le 22 mai dernier (le centième jour de la grève) par une foule, dont le nombre est chiffré à plus de 200 000 personnes, les forces de l’ordre étaient dans l’incapacité de faire respecter cette fameuse loi qui impose, aux dires de plus d’un, de sérieuses restrictions à la liberté d’expression, au droit de manifester.

Jean Charest qui a minimisé la force de caractère des leaders étudiants, misé sur l’usure, tenté l’arme de la division, pour refroidir les ardeurs des grévistes et casser l’élan de la mobilisation, s’est royalement trompé en pensant qu’une « loi matraque », allait ramener la paix. Et, pour cause, d’un simple conflit étudiant, le Québec doit gérer pour l’heure une grave « crise politique » sans précédent, dit-on.

 

Négociations ou démission

Vu l’ampleur de la situation, des commentateurs politiques très avisés, dont Gilbert Lavoie (Le Soleil), en entrevue à Radio-Canada, Jean Lapierre, sur les ondes de TVA/LCN, n’hésitent pas à évoquer la démission de Jean Charest ou de son gouvernement comme éventuelle porte de sortie, si toutefois aucune négociation véritable ne s’interpose, a noté l’Agence de presse Médiamosaïque.

 » C’est très inquiétant, c’est presque du jamais vu!… Il y a trois solutions à cette affaire-là: faire appliquer la loi et là ça va être rush; aller en élections, ou si t’es plus capable de maintenir l’ordre social: eh ben démissionne! « , a martelé l’analyste et ex-ministre fédéral libéral, Jean Lapierre, qui craint même, ce mercredi, une pénurie de policiers à l’émission « Claude Poirier », de l’animateur du même nom à LCN.

M.Lapierre pense qu’il y a des leçons à tirer de tout ça, a-t-il répété, et nous le citons,  » quand 200 000 personnes défient la loi avec autant de désinvolture et envoyer paitre le gouvernement… quand les grands hôtels de Montréal ont plus d’annulations que de réservations… quand il y a une crise d’autorité morale comme celle-là « .

 

Démocratie et Loi 78: incompatibilité

À noter que, si cette loi spéciale plaît aux adeptes de la ligne dure, tannés du grabuge occasionné par  les manifs au centre-ville, elle heurte paradoxalement les consciences d’une large coalition de groupes progressistes au Québec. Car, une telle mesure autorise la police à faire régner la paix et l’ordre dans les campus universitaires et se permet de fixer un périmètre de 50 mètres, contraignant ainsi les grévistes à s’organiser ou à manifester loin des centres d’enseignement.

À l’opposé, même dans certaines démocraties les plus rétrogrades du monde, l’espace universitaire, où l’on remet souvent en question les injustices de l’ordre établi, est inviolable. Il est même formellement interdit aux forces armées et de police d’y pénétrer sans l’aval des autorités universitaires.

 

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PHOTOTHÈQUE MÉDIAMOSAÏQUE (En haut, le premier-ministre du Québec, Jean Charest, et le leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois. En bas, une vue imprenable sur la manif du 22 mai qui a réuni plus de 200 000 personnes au centre-ville de Montréal)