Tournée Lassègue au Québec: artistes et opérateurs culturels réagissent (MICRO-TROTTOIR)

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Les acteurs ou opérateurs culturels œuvrant au Québec  avec et dans la communauté haïtienne, dans leur quasi-totalité,  sortent globalement satisfaits des annonces publiques faites par la ministre de la Culture et des Communications d’Haïti lors du passage de celle-ci au Québec. Dans un micro-trottoir réalisé par l’Agence de presse «Média Mosaïque», plusieurs d’entre eux évoquent l’ouverture prônée par Mme Lassègue. Si certains restent dubitatifs, d’autres notent le côté positif de la démarche tout en espérant que cet exercice de communication sera suivi d’effets tangibles dans les prochains mois.

 Rodney Saint-Éloi (Maison d’édition Mémoire d’Encrier)

«C’est une occasion unique pour nous autres ici de rencontrer la ministre d’Haïti qui s’occupe de notre secteur d’activités parce que nous travaillons beaucoup sur Haïti et pour Haïti. Je pense que c’était fondamental d’établir la relation et il revient maintenant à nous de voir comment aider Haïti. Souvent on veut bien faire et on ne sait pas à qui s’adresser, maintenant il y a Marie-Laurence qu’on peut toucher, cela rassure et vient de créer un lien entre la communauté et on entendu parler de design, de livres, de cinéma, de musique, on a vu toute la chaîne culturelle haïtienne se manifester sous nos yeux lors de ces échanges.»

«On ne peut rien demander, Mme Lassègue vient d’arriver au ministère de la Culture, elle ne peut rien faire, néanmoins elle peut dialoguer, on peut dire qu’on a un pays, qu’on a des ministres, un gouvernement qui est en train de travailler. On peut mettre ensemble ces énergies et dire qu’est-ce qu’on peut faire ensemble. Plusieurs personnes  l’ont témoigné s’il y a un secteur qui peut contribuer à reconstruire Haïti c’est la culture, maintenant on peut poser la question à Marie-Laurence et lui faire des propositions en ce sens.»

Dany Laferrière (Romancier, lauréat 2009 du prestigieux prix Médicis)

«C’est bon signe de la part du gouvernement d’Haïti de s’intéresser à ce que réalisent ses ressortissants en Amérique du Nord. Cependant, il ne faut pas trop attendre de l’État, car la culture elle-même a des questions à poser à l’État. L’élite culturelle est une forme d’opposition d’une certaine manière à l’État. La culture doit se poser en situation d’objection, elle doit toujours questionner l’État, l’artiste doit être indépendant. C’est une relation de bon voisinage mais entre des voisins qui se surveillent».

«Le ministère de la Culture ne peut exister s’il n’y a pas de vie culturelle. Sans écrivains, peintres, des musiciens qui se surpassent, il n’y a pas de ministère de la Culture.»

 

 Joe Trouillot (87 ans, surnommé le patriarche de la musique haïtienne)

«C’est très bien de voir que la ministre ait fait le déplacement pour se renseigner sur la situation des artistes parce qu’ils doivent recevoir des fleurs debout, mais pas quand ils sont morts. Je salue l’ouverture de la ministre qui veut traiter les artistes haïtiens au Québec avec un peu plus de respect. Il faut un meilleur encadrement si on veut que la relève puisse tenir debout comme moi qui suis vieux de 87 ans avec 67 ans de carrière.»

 

Madeleine Fawcet (Directrice de L’Autre TV)

«Ça été utile cette rencontre parce que tout le monde a pu faire des suggestions à la ministre et cela prouve que son ministère reconnaît pleinement l’importance du travail des artistes et des opérateurs œuvrant dans le domaine. Je pense qu’elle est très consciente de ses limites en termes de budget, mais l’on peut faire le constat qu’elle a de la volonté politique. »

«La nomination d’un agent devant faire le pont entre Montréal et Port-au-Prince est une très bonne chose parce qu’on ne savait pas par quel biais s’y prendre quand les organisateurs d’ici voulaient s’adresser aux autorités d’Haïti. C’est une démarche à suivre et cela mérite notre appui. Moi, je pense que chaque ministère devrait penser avoir un représentant ici comme l’a fait Mme Lassègue pour faire bouger les choses».

Marc-Antoine Delsoin (Cinéaste, artiste et journaliste)

«Je tiens à saluer cette initiative, parce qu’à mon avis, c’est la première que les artistes et opérateurs culturels bénéficient d’une telle attention de la part du ministère de la Culture. Il s’agit, selon moi, d’un précédent et j’espère que d’autres vont continuer sur la même lancée.»

«On peut douter que cela puisse produire des résultats concrets, vu que les jours de la présidence de René Préval sont comptés (fin de mandat oblige),  cependant, ce qui importe présentement, c’est de souhaiter que cela puisse augurer la voie à ceux qui vont suivre».

 

Rosemay Eustache (responsable d’organisme culturel)

«C’est très intéressant et c’est même excellent le fait que la ministre ait pensé à réaliser une mission dédiée à  la Culture en diaspora. Par ce geste, elle reconnait l’importance de notre travail. Je pense également que c’est une très  bonne chose le fait de nommer un responsable, en la personne de M.Rodolphe Doirin.  Je souhaite que M.Doirin puisse recueillir les doléances, les acheminer à bon port et enfin livrer la marchandise».

 

Jean-Claude Martineau (Koralen-célèbre diseur haïtien)

«Du point de vue culturel, je ne vois pas ce que cela peut rapporter, mais au point de vue de la communication, je crois que c’était très utile d’essayer d’établir des contacts avec la communauté haïtienne à Montréal pour que celle-ci s’informe de ce qui se passe. Plus il y aura de personnes qui savent ce qui se passe en Haïti, plus ça vaudra. Sur ce point oui, mais sur le plan culturel, il revient à nous de la diaspora de déterminer ce que nous pouvons faire, ce que nous devons faire. En ce qui a trait à la nomination de M.Doirin, cela dépend aussi ce que ce responsable va faire, son approche, son ouverture envers tous les secteurs».

 

 

Tac-Tic Polo (Montréal All Stars, 25 ans de carrière)

«J’ai demandé à la ministre d’exiger qu’un des trois jours gras du carnaval de Port-au-Prince soit réservé aux groupes musicaux de la diaspora et un autre aux enfants, je n’ai pas eu de réponse. Je reste dubitatif vis-à-vis de la campagne de séduction de la ministre de la Culture. Rappelez-vous que Mme Lassègue est une experte en communication et que les gens ne doivent pas se leurrer en pensant que tout va changer après le passage de la ministre au Québec.»

«Je ne m’oppose pas aux intentions de la titulaire du MCC pour la diaspora. Cependant, n’oubliez pas que les fonctionnaires en Haïti ne sont redevables envers personne et donnent une suite positive aux demandes  qui leur sont formulées en fonction de leurs affinités avec les demandeurs. Je veux  que «Média Mosaïque» surveille ce dossier de près et c’est à ce moment qu’on saura si cela n’a été qu’une campagne de relations publiques».

Fabienne Colas (Présidente de la Fondation Fabienne Colas, No1 FIFHM)

«Nous saluons cette tournée de Mme Lassègue et son intérêt pour nos réalisations dans la diaspora ici au Québec. Notre rencontre avec la ministre visait à définir un espace de collaboration et avec elle on a discuté des possibilités pour la Fondation de venir en aide à des jeunes en Haïti qui sollicitent notre appui. Contrairement à ce que les gens pensent, on n’a pas parlé de budget, absolument pas. On a plutôt parlé de collaboration, de partenariat éventuel.»

«S’agissant de la nomination de M.Doirin, je ne le connais pas personnellement. Je l’ai rencontré le jour-même de notre tête-à-tête avec la ministre. Sur un ordre plus général, je pense que c’est un grand pas le fait de nommer quelqu’un pour s’occuper des échanges entre Haïti et les communautés haïtienne et québécoise sur le plan culturel. C’est très prometteur tout en sachant que le mandat du président Préval arrive à échéance».

Jean-Rony Lubin (Producteur, réalisateur, journaliste et PDG de Cinérama)

«Écoutez, c’est une très bonne chose le fait de pouvoir compter désormais sur la présence d’un représentant du ministère de la Culture d’Haïti à Montréal. En ce qui a trait au monde du cinéma, j’estime que la ministre n’a pas rencontré les vrais artisans du cinéma dans la communauté. Les gens qui travaillent au quotidien dans le domaine n’ont pas été invités et plusieurs d’entre eux ont critiqué cette façon de faire. S’agit-il d’un choix, d’une méconnaissance du secteur ou d’une mauvaise coordination? On doit se poser la question. Concernant M.Doirin, j’ignore qui est le personnage, sauf que je ne comprends pas pourquoi des réalisateurs ou producteurs n’ont pas reçu l’invitation de la ministre. Nous prenons acte de cette nomination, les actes de M.Doirin vont nous prouver s’il est compétent ou pas pour le job.»

 

 

Autour de la tournée au Québec de Mme Lassègue: 

MEDIAMOSAIQUE.Com-Articles reliés

PHOTOS MEDIAMOSAIQUE.Com/Cr Hubert Molaire (En haut, la ministre de la Culture et des Communications, Marie-Laurence Jocelyn-Lassègue, en compagnie du consul général d’Haïti à Montréal, Pierre-Richard Casimir, lors de la rencontre de celle-ci avec les acteurs du monde culturel haïtien au Québec, Complexe Cristina, -Montréal ,10 décembre 2009-)