Stress d’enfer pour l’Haïtien du dedans ou de l’extérieur

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Le puissant tremblement de terre  de magnitude 7 qui a frappé Haïti le 12 janvier laisse résidents et ressortissants de ce pays face à un exercice difficile, stressant voire épuisant : la recherche de leurs proches.

Sur le terrain, le séisme a surpris beaucoup de  gens, soit  sur leur lieu de travail ou dans les rues entrain de vaquer à leurs tâches quotidiennes.

Regagner leur domicile fut leur premier reflexe

« Après le travail, je suis passée chez ma mère pour la saluer. Tout à coup la maison s’est mise à secouer très fortement. Après cette longue minute de secousse, je n’ai eu qu’une seule pensée, retrouver mes enfants chez moi », nous raconte Magdala, mère de deux petites filles.

Magdala a presque survolé les décombres pour regagner sa maison située quelques rues plus loin et retrouvé ses enfants que leur père, blessé au bras, a réussi à protéger.

Cet exercice, des centaines  d’Haïtiens l’ont fait en ce jour devenu inoubliable pour eux.  Les lignes téléphoniques étant saturées ou endommagées, il ne leur restait  qu’à entamer une longue marche alors que la nuit tombait sur cette ville enveloppée d’une poussière grise.

Dans les décombres des  maisons, les carcasses des voitures, les lieux publics et à la lueur de bougies ils ont cherché… Certains, chanceux, ont trouvé des proches secoués, parfois blessés mais vivants ; d’autres, malheureusement,  n’ont pas connu cette joie…

À l’étranger, quête plus pesante parfois

Sitôt la nouvelle connue, les Haïtiens de l’étranger, voulant  s’enquérir de  la situation de leurs proches restés au pays, se sont vite précipités sur le téléphone et se sont buttés à l’encombrement des circuits. 

« Depuis hier, au soir, j’essaie sans succès d’avoir des nouvelles de mon père », confie à Mediamosaique  Frantz Benjamin, conseiller municipal de la Ville de Montréal. « J’ai tenté par tous les moyens. J’ai même appelé des proches aux Etats-Unis, qui ont des parents voisins de mon père en Haïti. Mais eux aussi sont sans nouvelles », dit-il, consterné.

C’est le cas également de Louis Naud Pierre, chercheur associé à la Chaire PEDC (UQÀM), dont l’épouse et son fils à Montréal demeurent sans nouvelles. M.Pierre, qui a séjourné pendant deux semaines pour les fêtes avec sa famille, était jusqu’à ce mardi matin à Montréal. Son avion a atterri  en début d’après-midi à Port-au-Prince, environ deux heures avant la catastrophe.

«Ça fait 48 heures que je me suis bloquée devant la télévision pour espérer le voir en vie parce que le téléphone reste muet et tous les numéros ne marchent pas», a confié, visiblement ébranlée, la jeune femme rejointe au téléphone par un journaliste de l’Agence de presse «Média Mosaïque».

Louis  Naud, qui devient titulaire de la chaire de recherche en innovation institutionnelle et développement (CHRIID) / INUQUA en Haïti et membre du cabinet du ministre des affaires sociales d’Haïti, avait volontairement laissé son confort montréalais, il y a environ un an, pour aller porter main forte à Haïti.

Bref, ils sont des milliers qui, comme Benjamin et l’épouse de Louis Naud, ont passé la nuit devant la télé, au téléphone ou sur Internet pour avoir les dernières nouvelles. Les images du désastre et l’ampleur des dégâts augmentent leur angoisse, eux qui vivent sans nouvelles de leur famille.

Loin de l’île, ces hommes et femmes, partis chercher la vie ailleurs, savent que, dans leur pays d’origine, celle de leurs proches est devenue très précaire.

 

 

SÉISME EN HAÏTI (COUVERTURE SPÉCIALE)

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    PHOTOS MEDIAMOSAIQUE.Com/Reuters (Des Haïtiens en train de secourir leurs proches pris sous les décombres dans la capitale haïtienne. En bas, le conseiller Frantz Benjamin au téléphone et le chercheur universitaire Louis Naud Pierre alors qu’il présentait une conférence sur Haïti à l’UQÀM en 2008)