Son conjoint refusé, elle écrit à Yolande James

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Véxée de ne pas pouvoir vivre avec son conjoint au Canada, la Québécoise Chantal Drapeau écrit une lettre de trois pages à la ministre de l’Immigration, Yolande James. Elle dénonce ce qu’elle appelle «des politiques contradictoires du provincial et du fédéral en matière d’immigration en vigueur au Québec et au Canada».

 

 

 

«Car au-delà des politiques, vous devez considérer qu’il y a des gens, dont les vies sont parfois complètement bouleversées par l’incohérence des décisions de nos gouvernements et par la froideur de ses administrateurs», écrit Chantal Drapeau dans sa longue lettre à la titulaire du Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles.

Dans son courrier daté du 24 mars 2009, dont une copie a été envoyée à l’Agence de presse «Média Mosaïque», Mme Drapeau s’attaque notamment au «plan d’action d’un budget de cinq millions de dollars (5 M$) qui va dans le sens de la nouvelle politique de votre gouvernement d’augmenter le nombre de nouveaux arrivants et faciliter leur intégration pour combler la pénurie de main-d’oeuvre qui existe au Québec.»

Selon la plaignante, « …actuellement, les politiques provinciales et fédérales en vigueur font en sorte qu’il est effectivement beaucoup plus simple et facile de venir s’établir ou simplement visiter le Québec pour un étranger qui ne connait personne et ne possède aucune attache ici, que pour un étranger en relation intime avec un Québécois. Triste mais vrai !!».

En voici quelques extraits de la lettre de Mme Drapeau à la ministre

«J’ai donc le regret de vous annoncer, madame la Ministre, que votre objectif visé par votre nouvelle politique en matière d’immigration est bien loin d’être atteint. Car, de par la contradiction des politiques et la complexité des démarches liées à l’immigration pour les conjoints, le Québec et le Canada chassent maintenant ses propres habitants en relation avec des étrangers. Quel paradoxe !! »

«Pour vous citer ma propre expérience en exemple, je suis personnellement en relation depuis deux ans avec un homme originaire du Belize, le pays où il vit toujours en ce moment et où j’ai vécu avec lui pendant plus d’une année en 2007-2008. Au fil du temps, notre relation est évidemment devenue plus sérieuse et engageante. Et c’est pourquoi nous avons pensé l’an dernier qu’une petite visite de courtoisie au Québec s’avérait naturelle, afin que mon conjoint rencontre ma famille, mes amis et qu’il découvre par la même occasion mes racines.»

«De ce fait, comme la procédure le veut, nous avons demandé un visa de résident temporaire à l’ambassade du Canada responsable. La toute première demande remonte alors à très exactement un an. Et je dis la toute première, car nous avons essuyé depuis un an un total de trois refus. Il ne semble
d’ailleurs y avoir rien à faire, puisque l’ambassade ne concède pas à ce que mon conjoint mette les pieds au Canada. La raison : l’agent d’immigration n’est pas convaincu qu’il respectera les termes de son visa.»

«Ce qui veut dire en termes clairs, qu’ils ont peur que mon conjoint ne ressorte pas du pays à la fin de son périple. Et cela, tout simplement parce que nous sommes conjoints. Pourtant nous n’avons jamais parlé qu’il immigre au Canada, ou autre raison qui pourrait laisser présager à l’ambassade que mon conjoint ne ressortira pas à la fin de son voyage. Cette visite n’est pour nous qu’une visite de courtoisie et de découverte, ayant pour but que mon conjoint me connaisse simplement davantage et sous toutes mes facettes.»

«Ce qui me semble légitime après deux ans de relation stable, non? Pour résumer la situation, nous avons donc d’un côté le Gouvernement du Canada, qui ferme littéralement la porte à mon conjoint de peur qu’il ne reparte pas à la fin de son séjour. Et nous avons de l’autre côté, le Gouvernement du Québec, qui dit, lui, vouloir augmenter le nombre de nouveaux arrivants pour aider à la pénurie de main d’oeuvre qui sévit en ce moment. Puis on nous parle en même temps des problèmes d’intégration des immigrants dans la société et sur le marché du travail, et du fait que les étudiants ne restent pas au pays à la fin de leurs études.»

«Mais, dans la triste réalité, lorsque l’homme que vous aimez est étranger et qu’il veut venir découvrir vos racines, rencontrer votre famille et vos amis, pour être en mesure ensuite de voir en tant que couple où vous allez vous établir dans l’avenir, pour travailler, peut-être démarrer une entreprise, et fonder ultérieurement une famille, qui seront à leur tour des petits québécois… et bien là, dans ce cas, on vous refuse littéralement l’entrée au pays.»

«À moins que vous ne vous lanciez dans une interminable et onéreuse démarche de demande de résidence permanente, qui prend en moyenne minimalement un an, qui engendre des milliers de dollars de frais, et qui oblige le conjoint canadien à se porter garant pour les trois années à venir. Tout cela pour une simple visite touristique, et bien sûr sans garantie d’obtenir de visa en retour !!!»

«Finalement, je ne crois pas avoir besoin de vous dire combien cette situation est éprouvante pour nous, et combien elle affecte nos vies et notre bien être. À un tel point que je dois malheureusement considérer de quitter peut-être dans le futur mon pays, mes racines pour aller m’installer ailleurs, où je pourrai être en relation avec mon amoureux sans me voir perpétuellement découragée et freinée par la bureaucratie et la discrimination qui mènent notre système. »

(PHOTO) Chantal Drapeau en vacances au Belize en compagnie de son conjoint.