René Préval sommé de former un «gouvernement collégial de salut public»

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Pour qu’Haïti se relève du séisme dévastateur du 12 janvier dernier, l’ex-secrétaire-général du PLB et actuel coordonnateur du Regroupement des Organisations Citoyennes pour une Haïti Régénérée(ROCHAR) presse le président haïtien de former au plus vite ungouvernement collégial de salut public. Dans une déclaration qu’il a transmise à la rédaction de l’Agence de presse «Média Mosaïque», Willy Louis, estime que la tragédie actuelle recommande «un changement radical» dans la gestion quotidienne des affaires de l’État. Ci-dessous, prenez connaissance de ce texte que nous publions in extenso!

Regroupement des Organisations Citoyennes pour une Haïti Régénérée(ROCHAR)  

DÉCLARATION, suite au séisme qui a frappé Haïti  

De : Willy Louis, Coordonnateur national du (ROCHAR) et ex-secrétaire général du Pati Louvri Baryè (PLB)

À l’intention:
 – Des autorités gouvernementales ;
 – Des leaders politiques ;
 – De toutes les forces organisées du pays.

HAÏTI renaîtra de ses cendres

Chers compatriotes, sœurs et frères haïtiens de partout,

Une fois de plus, une fois de trop, le malheur s’acharne sur Haïti. En effet, au-delà des souffrances quotidiennes de notre peuple, la nature semble se déchaîner contre nous. Malheureusement, l’absence de leadership éclairé, les faiblesses matérielles et infrastructurelles nous ont rendus impuissants face à l’ampleur du désastre. Cette tragédie n’a épargné personne ; toutes les couches sociales sont touchées mais, elle n’a pas pu atteindre l’Âme Nationale Haïtienne car, elle est supérieure et vivace. Haïti régénèrera de ses cendres.

Le séisme dévastateur du 12 janvier dernier aura, tout au moins, tiré très fort, pour une ultime fois, la sonnette d’alarme aux Dirigeants,  à nos Hommes politiques, aux leaders religieux, aux Responsables syndicaux, aux intellectuels, aux Artistes, aux Responsables des mouvements paysans,  aux Gens d’Affaires , … à tous ceux qui aiment encore Haïti et qui souhaitent que ce pays sorte définitivement des ornières du sous-développement et de l’archaïsme,  pour entrer dans la modernité démocratique, corollaire indispensable du progrès socio-économique.

Je n’ai nullement la prétention d’avoir eu des prémonitions par rapport à ce cataclysme qui s’est abattu sur notre pays et qui a entraîné l’effondrement total de l’État haïtien. Toutefois, dans un article publié dans le Journal Le Nouvelliste, en Mai 2008, intitulé L’État d’Haïti, 205 ans après l’indépendance : Un État en péril,  j’ai écrit :

« … Autre signe d’inquiétude quant à l’avenir incertain de l’État haïtien consiste dans cette alerte à peine voilée du chef de l’État haïtien, à l’occasion de la cérémonie officielle commémorant le 205ème anniversaire du bicolore national. Le Président a souligné que le pays est triste  par ce qu’il y a « un nuage politique noir » qui tend à assombrir le ciel du pays. Une telle déclaration laisse présager un danger imminent  pour le pays. Un risque certain que le pays sombre dans un chaos généralisé. D’ailleurs aucune mesure n’est annoncée pour anticiper, contenir ou dissiper ce nuage noir qui plane sur le pays.

Si  l’on fait un retour en arrière, dans un ouvrage publié en 1939, par l’Imprimerie de l’État, sous le titre « En posant les Jalons« , Sténio Vincent déclara : « Notre destin de peuple se joua le 17 octobre 1806… Nous prenions, dès cette date le chemin de 1915 ». En 2008, sommes nous engagés à nouveau sur le même chemin? La réponse à cette question appartient à tous les haïtiens,  aux dirigeants du pays, aux leaders politiques, aux citoyens organisés de la  société civile.» Aujourd’hui, nous sommes en 2010, plus de vingt mille (20000) GI (soldats) américains sont présents sur  le territoire haïtien. Ne sommes-nous pas les principaux artisans de nos malheurs?

Chers compatriotes, Sœurs et Frères  haïtiens de partout,

Nous avons l’impérieuse obligation de transformer cette tragédie meurtrière en opportunité exceptionnelle qui nous est donnée de retrouver l’Âme Nationale, nous permettant d’engager sans délai l’œuvre de la reconstruction nationale, au mieux des aspirations de tous les haïtiens généralement quelconques. Pour moi, la reconstruction nationale implique non seulement la reconstruction physique du pays, mais aussi la reconstruction institutionnelle.

Il ne fait aucun doute, le défi est de taille. Il appartient d’abord à nous autres Haïtiens de définir les contours de l’édifice de la reconstruction nationale. Il nous faut un nouveau pacte national à l’instar de celui de l’Arcahaie, en 1803, qui nous a conduits à l’indépendance nationale. Ce Pacte national  doit  nous permettre d’élaborer les grandes orientations nationales, dans le cadre d’un consensus global, visant à concilier les aspirations de toutes les couches sociales. Ces grandes orientations nationales toucheraient la réhabilitation et le renforcement des institutions démocratiques, la relance de l’économie et de la production nationale et la création d’emplois productifs, l’harmonie sociale et la solidarité nationale.

Suite à ce drame national, la voie ultime pour une sortie durable de l’instabilité chronique et permanente consiste à faire ensemble, dans un souci ombrageux du bien commun, le choix d’un nouveau projet de société. Bien sûr, il faut une volonté politique, assortie d’actions concrètes pour arriver à un choix de société moderne et démocratique. Le chef de l’État en exercice, aura-t-il la volonté politique nécessaire pour initier cette démarche ? Voudra-t-il se mettre à la hauteur des défis historiques majeurs, desquels dépend la continuité de l’État haïtien ? À quelques mois seulement de la fin  son mandat présidentiel, saura-t-il trouver la capacité de dépassement nécessaire à tout homme d’État supérieur, qui soit capable de dépasser les intérêts partisans ou de groupe pour œuvrer à la reconstruction d’un pays en lambeaux? Seule la suite des événements pourra apporter les réponses appropriées à ces questions.

Tout compte fait, nous sommes à un carrefour historique qui nous commande un changement radical de notre façon traditionnelle de gérer les affaires de la République.  Il nous faut donc un projet audacieux, fondé sur le sens rigoureux de responsabilité citoyenne. Compte tenu de l’absence avérée de l’État, le dialogue interhaïtien devient un impératif de l’heure en vue d’une prise en charge collective de nos responsabilités citoyennes et patriotiques. Aujourd’hui, plus que jamais, tous les Haïtiens sont interpellés par les mêmes défis, nous ne pourrons parvenir à les relever que si nous y travaillons ensemble avec la rigueur et la détermination nécessaires. Pour que ce dialogue interhaïtien réussisse et aboutisse à des innovations institutionnelles, il faut d’une part, que le pouvoir légitime, accepté par tous ou par une grande majorité comme bien fondé en assume officiellement l’initiative, et d’autre part, qu’il l’inscrive formellement dans la politique officielle de son action gouvernementale, sur la base d’un consensus national. Pour s’y prendre, nous proposons la démarche suivante :

1) La formation d’un gouvernement collégial de salut public

Le chef de l’État en exercice entre immédiatement en consultation avec tous les leaders du pays, en vue de former un Gouvernement collégial de salut public. Ce Gouvernement comprendra un (1) Représentant par Département plus un(1) Représentant de la Diaspora haïtienne. Ce gouvernement aura pour tâches essentielles d’évaluer rapidement la situation post séisme et prendre des dispositions nécessaires pour remettre en marche la machine administrative, en vue d’offrir des services publics à la population, de former le Comité National du forum haïtien pour un Nouveau pacte Social (CNFHNPS) et de jeter les bases de la décentralisation effective du pays. Le comité National du forum haïtien pour un nouveau pacte social (CNFHNPS), une fois formé, s’engagera, entre autres, à définir, dans un délai raisonnable, les modalités pratiques de l’organisation du forum national, d’en arrêter le programme et d’élaborer des documents de base. Il faut préciser que le gouvernement collégial de salut public résultera d’un large consensus national.

2) Les participants au Forum National Haïtien :

a) Les négociateurs

Ce sont les principaux acteurs de la vie nationale :

– Le Chef de l’État  et/ou ses Représentants dûment mandatés
– Les Leaders politiques, Représentants des Partis politiques.
– Les Leaders religieux, Représentants des religions et cultes reconnus.- Les Leaders syndicaux, – – Représentants des ouvriers et travailleurs
– Les artistes, Représentants du monde des arts et de la culture
– Représentants des mouvements paysans
– Représentants du monde scientifique par domaine
          – sociologues
          – Historiens
          – politologues
          – Représentants de l’Université
          – Représentants du monde des Affaires
          – Ingénieurs
          – Médecins
          – Ethnologues et Anthropologues, etc
          – Représentants de la Diaspora      
 b) Des observateurs
          – Représentants des organisations de la société civile, des organisations populaires et des associations de jeunes

Concernant la Communauté Internationale

Des Représentants de la Communauté internationale, plus particulièrement ceux des pays dits Amis d’Haïti (les États-Unis d’Amérique, le Canada, la France, le Brésil,…) participeront également au forum haïtien pour un nouveau pacte social. De plus, cette communauté internationale s’engagera à entériner les décisions qui découleront du Forum et à financer de façon substantielle sa réalisation.
Par ailleurs, nous apprécions vivement la grande générosité de la Communauté internationale, notamment les États-Unis d’Amérique, le Canada, le Brésil, la France, la Chine…pour leur intervention diligente et leur extrême obligeance en faveur de notre population désemparée.

Nous avons aussi noté que cette communauté internationale, pour une fois, parait déterminée à appliquer un plan Marshall au profit d’Haïti, C’est une excellente initiative. En tout état de cause, cette démarche de la communauté internationale nous laisse croire qu’Haïti est enfin reconnue comme un patrimoine mondial pour sa haute contribution  aux luttes pour la libération des peuples et le respect des droits humains et des libertés individuelles.

3) Administration et logistique

L’organisation matérielle du forum est de la responsabilité du Comité National Préparatoire du Forum Haïtien pour un Nouveau Pacte Social (CNFHNPS). Aussi, le comité prendra toutes les dispositions nécessaires pour la meilleure réalisation du forum.

4) Résultats attendus

  a) Nous mettre d’accord sur les conditions essentielles pour assurer le « vivre ensemble haïtien »
  b) Replacer Haïti sur la carte internationale avec dignité
  c) Rétablir la souveraineté nationale, conformément aux vœux du préambule de la Constitution de 1987
  d) Renforcer l’ordre et la sécurité publique au pays
  e) Relancer la production nationale, orientée prioritairement vers l’autosuffisante   alimentaire
  f) Redynamiser notre économie dévastée.
  g) Renforcer les institutions démocratiques (y compris les partis politiques), en y opérant les innovations nécessaires.
  h) Revitaliser la culture, les valeurs haïtiennes et l’esprit patriotique.

Pour finir, je voudrais attirer l’attention patriotique de toutes les haïtiennes et de tous les haïtiens, de tous ceux qui restent encore attachés au terroir haïtien, les affirmations suivantes, successivement de Jacques Stephen Alexis et de Catherine Ève Di Chiara. 

En effet, Jacques Stephen Alexis affirme :
« Les peuples sont des arbres. Ils fleurissent à la belle saison. Et, d’efflorescence en floraison, la lignée humaine s’accomplit, poursuivant son rude devenir, germinant en direction de l’homme lumière qui nous est promis au bout de la longue traversée.

Certains peuples sont encore jeunes leurs feuilles sont pâles et tendres, d’autres sont travaillés par la verdeur, de nombreux sont chenus, contorsionnés par la maturité, mais tous contribuent à la grande geste commune. Parfois, il arrive que la forêt se taise brusquement.

C’est qu’un homme a fleuri à la basse branche d’un jeune tronc. Demain, il sera gouverneur de la rosée humaine. Toutes les ramilles de l’immense miracle vert qu’est l’humanité murmurent et s’entrechoquent : «Un homme exceptionnel a germé! L’arbre d’Haïti est jeune, mais intrépide. À chaque printemps, il dépasse ses promesses. Son peuple a fleuri de beaux hommes que toute l’humanité reconnaît    pour les siens. Mais ses flancs recèlent encore des bourgeons de nouveau héros qui fertiliseront les pages blanches de son histoire».

Pour Catherine Ève Di Chiara : «Le malheur de ce pays, c’est que les Haïtiens ne l’aiment pas suffisamment et qu’il ne tient qu’à eux qu’il ne devienne une terre promise.

Là est la vraie question : ils sont pauvres, il ne dépend que d’eux de cesser de l’être; ils ont faim et des terres sont là qui n’attendent que leurs bras et leur volonté.

Quand donc en auront-ils assez de donner au monde la preuve de leur endurance illimitée à la misère? Ce peuple attend les fils de Toussaint Louverture qui l’appelleront à la grande «coumbite » des travailleurs de la terre pour défricher la faim, la peur, la haine et planter en la vie nouvelle ».

Le philosophe grec de l’antiquité Aristote affirme que les meilleurs gouvernements sont ceux qui obtiennent des résultats. Pour sa part, l’historien suisse Antoine-Henri de Jomini soutient que pour obtenir des résultats, il faut comprendre les principes et connaître le mécanisme intangible des passions humaines. Si vingt siècles de distance séparent les deux penseurs, les principes qu’ils émettent se rencontrent et se complètent. Tout État qui veut durer dans la dynamique géopolitique actuelle doit régler sa politique sous la base de tels principes. Ainsi, il ne fait aucun doute, si nos Dirigeants et leaders politiques décident de rompre définitivement, avec les pratiques traditionnelles de gestion des Affaires de la République, pour entrer dans la modernité politique, qui requiert le respect et l’application rigoureuse des règles, des principes et procédures établis par la société, nous auront certainement travaillé à l’avènement de la nouvelle Haïti forte, juste et prospère pour tous. Quoi qu’il arrive, l’Histoire nous acquittera ou nous condamnera pour nos actes ou notre absence d’actes.

 

Willy Louis,
Coordonnateur national du regroupement
des Organisations citoyennes pour une Haïti Régénérée ( ROCHAR)
et ex-secrétaire général du Pati Louvri Baryè (PLB)
21 Janvier 2010
Willylouiseb@yahoo.fr
Tel. : (509) 3713-2468 / (514) 799-2766

 

PHOTOS MEDIAMOSAIQUE.Com (En haut, le président haïtien, René Préval, en bas le coordonnateur national du regroupement des Organisations citoyennes pour une Haïti Régénérée ( ROCHAR), l’ingénieur Willy Lous, lors d’une conférence à l’UQÀM)