Qui veut être « patronne » ne tape pas du poing sur la table (MONIQUE J-FORGET)

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MONTRÉAL (MÉDIAMOSAÏQUE) – Une professionnelle qui veut faire avancer sa carrière au sein de n’importe quelle entreprise ou institution doit soigner son image en évitant d’avoir des réflexes typiquement masculins, par exemple : «taper du poing sur la table», selon l’auteure du livre « Les femmes au secours de l’économie », Monique Jérôme-Forget.

De pareils tics qui, souvent, apportent un plus à la stature d’un cadre masculin, risquent paradoxalement de plomber l’ascension d’une femme soucieuse de sa carrière, a laissé entendre l’ex-ministre libérale des Finances qui présidait un 5à7 dans le cadre du lancement du site Web de La Gouvernance au Féminin le 4 juin dernier au Club Universitaire de Montréal, exceptionnellement bondé pour l’occasion, avait constaté sur place l’Agence de presse Médiamosaïque.

Le fait d’être « … femme et ex-ministre des Finances »

Connue pour son franc-parler, ses anecdotes colorées, Mme Forget, visiblement heureuse de s’adresser à une assistance, majoritairement féminine, complètement acquise à sa cause, a maintes fois fait référence à son ouvrage pour étayer ses dires. «Un livre qui est devenu un succès, non pas parce que j’étais ministre, mais parce que j’étais ministre des Finances», a-t-elle insisté.

«Pourquoi, a-t-elle expliqué, parce que si j’étais ministre de la Santé, cela n’aurait jamais un tel impact. D’ailleurs, au Québec, le ministère des Finances était toujours confié aux hommes et pendant longtemps à des Anglophones, parce que nous, les Francophones, ne savions pas quoi faire avec l’argent, parce qu’on préférait être des prêtres, des sœurs, des frères…», a rappelé Mme Forget.

Les Québécoises peu ambitieuses

Si elle dénonce la très faible présence des femmes au sommet des entreprises, elle déplore en revanche le manque d’ambition des Québécoises. Mme Forget révèle avoir posé la question : (qui veut devenir PDG au sein d’une entreprise?) à des étudiants de HEC Montréal. «Les trois seules personnes ayant levé la main étaient des hommes», un indice qui démontre, a-t-elle déduit, une peur bleue du risque de nos femmes d’ici.

Pourtant, pour relever les défis et briser les tabous, «on doit cultiver et aimer le goût du risque, parce que, nous, les femmes, comme des chats, nous sommes capables de retomber sur nos pattes», a soutenu, avec conviction, celle qui était surnommée «la dame de fer» et qui a dirigé plusieurs ministères sous le règne libéral de Jean Charest.

Carrière et foyer ( « je vous le dis : faites des bébés! »)

Monique Jérôme-Forget s’oppose à l’idée de ne pas enfanter, considérée par certains comme la meilleure option pour ne pas mettre sa carrière en péril. «Vous êtes les seules à pouvoir faire des bébés, alors je vous le dis : faites des bébés!», leur a-t-elle lancé (propos entrecoupés de rires de l’assistance), dans le style qu’on lui connaît, en soulignant toutefois que l’arrêt de travail ne doit pas durer trois ou quatre années.

«Quand vous arrêtez, faites-le pour quelque temps, mais quand vous y restez trop longtemps, c’est difficile de reprendre l’autoroute, de ré-embarquer », a-t-elle poursuivi en conseillant aux femmes qui viennent d’accoucher de solliciter une promotion dès leur retour au travail. « Vous savez: (rires du public), cela envoie comme message au patron, que vous êtes motivée, que vous tenez à votre carrière!», a-t-elle plaisanté sous un ton plutôt sérieux.

Au foyer, contre toute attente, «la dame de fer» ne fait pas partie de ceux ou de celles qui prônent la ligne dure dans le couple. Au contraire, elle suggère aux femmes d’apprendre à se taire pour éviter des chicanes inutiles. «Taisez-vous! Vous aimez trop le divorce… Quand votre conjoint ne le fait pas bien (rires…), quand il fait quelque chose qui ne correspond pas tout à fait à vos goûts, la cuisine, par exemple,  taisez-vous!», a-t-elle répété à plusieurs reprises.

À noter que cette rencontre, planifiée et animée par la fondatrice de La Gouvernance au Féminin, Caroline Codsi (vice-présidente, Solutions de carrière pour l’Est du Canada chez Knightsbridge), avait aussi offert sa tribune à la chef Développement corporatif chez Jobwings et présidente de l’Institut des Administrateurs de Sociétés Québec (IAS), Nathalie Francisci et au directeur général de l’IGOPP (Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques), Michel Nadeau.

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PHOTOTHÈQUE MÉDIAMOSAÏQUE: en haut, Mme Forget, à droite, en train de s’adresser au public aux côtés de Caroline Codsi, à gauche. En bas, une vue partielle de l’assistance au Club Universitaire de Montréal rempli pour l’occasion.