Profs issus de l’immigration: choc culturel « en masse » au Québec

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MONTRÉAL – Dans le milieu de l’éducation où le personnel enseignant se métisse de plus en plus, le choc culturel se vit pourtant au quotidien, et ce, même après plus d’une décennie d’ancienneté. Des témoignages recueillis auprès de profs du secondaire issus de l’immigration confirment cette tendance lourde.

Haïtien d’origine, Dr Jean-Fils Aimé, qui enseigne dans une école privée desservant une clientèle plutôt aisée, se dit toujours choqué de voir autant de jeunes décrocher volontairement de l’école alors que, dans son pays d’origine, ses compatriotes bravent quotidiennement jusqu’à dix kilomètres, souvent le ventre vide, pour se procurer le pain de l’instruction.

 

Une langue massacrée

Énumérant les ratés de l’école québécoise, Fils-Aimé, dans un reportage réalisé par Radio-Canada relayé par l’Agence de presse Médiamosaïque,  critique le fait que le système fasse table rase de la mémorisation ou de l’apprentissage par cœur, de la dictée. Une liberté qui autorise discrètement les locuteurs à massacrer la langue qui est, paradoxalement, une chasse gardée au Québec.

Pour bien maîtriser le participe passé accompagné de l’auxiliaire avoir, la mémorisation de la règle grammaticale s’impose, a fait valoir l’enseignant qui ridiculise, en revanche, le fait qu’on y voit aucun inconvénient à apprendre des numéros de téléphone par cœur.

 

« Hassan: es-tu circoncis? »

La discipline, qui est la denrée rare du milieu, le règne de l’enfant-roi, indisposent Hassan Moniovitch, professeur de français en 5ième secondaire à l’école Joseph-François-Perrault depuis 10 ans. D’origine libano-bosniaque, cet enseignant n’oublie jamais sa première apparition dans une salle de classe au Québec.

Partageant cette expérience, il raconte avoir vu les jeunes  » arracher les tuiles du plancher, lancer des rouleaux de toilette d’un bout à l’autre de la classe. C’était le choc. Une fille qui avait les pieds sur le pupitre en arrière de la classe… me crie: hey Hassan, es-tu circoncis? Parce qu’elle savait que j’étais Arabe ». Ça m’a fait pleurer ce jour-là « .

Toutefois, Fils-Aimé et Moniovitch finissent par devenir les profs chouchous de leurs élèves qui adorent la grande culture dont ils font montre, même si le premier s’inquiète de la dévalorisation de l’école qui, aux yeux d’un fort pourcentage de jeunes au Québec, n’est plus la seule voie de la réussite.

Ci-jointe, la version audio du reportage signé Dorothée Giroux

 

PHOTOTHÈQUE MÉDIAMOSAÏQUE/Cr Journal de St-Michel (En haut, à gauche, Hassan Moniovitch, en train de servir de la crème glacée à ses élèves. À droite, le Dr Jean Fils-Aimé. En bas, Moniovitch pose en compagnie de ses élèves)