Michaelle Jean No 1 de l’OIF: joies et déceptions au Québec

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MONTRÉAL (MÉDIAMOSAÏQUE) – Le poids du Canada et l’insistance de Stephen Harper ont certainement aidé, mais nul doute que le profil de Michaelle Jean, qui n’a pas hésité à s’afficher comme une femme du Sud, une Haïtienne, une fille d’esclaves ou une Afro-descendante, constitue la clé de cette victoire de la diversité au profit du Québec, du Canada et d’Haïti.

Une victoire hors de l’ordinaire

L’accession de Michaelle Jean à la tête de la Francophonie, dont l’organisation rassemble autant d’États à travers la planète, est, tout parti-pris mis de côté, loin d’être une banale désignation. Ce choix a rompu avec la tradition en faisant d’elle la première femme au sommet de l’OIF, bousculé la géopolitique africaine et fait dérailler la règle non-écrite qui veut que ce soit un Africain qui ait les commandes du secrétariat général.

Sa campagne (qu’elle a menée avec l’appui financier du Canada et du Québec auprès des leaders francophones des cinq continents), n’a laissé personne indifférent. Mais tout cela aurait pu se révéler de la foutaise étant donné que tout se joue ordinairement en coulisses lors du Sommet entre les chefs d’États dont une trentaine provient du continent africain.

Chanceuse, l’ex-gouverneure générale du Canada (qui a eu une brillante carrière à Radio-Canada, et qui était jusqu’à tout récemment envoyée spéciale de l’Unesco pour Haïti et chancelière à l’université d’Ottawa) a profité de l’absence de consensus au sein des pays africains qui n’arrivaient pas s’entendre sur l’un ou l’autre des cinq candidats.

Haïti, qui avait officiellement appuyé le choix de Michaelle Jean, a fait du mieux qu’elle pouvait avec son ministre des Affaires étrangères, Duly Brutus. Sur place, nombreux sont ceux qui demeurent convaincus que la première République noire aurait pu également  mobiliser son appareil diplomatique à Dakar si son président ou son premier-ministre était sur les lieux.

Déception chez les souverainistes

Au Canada et au Québec, la nouvelle de la ratification du choix de la candidate canadienne fait les gros titres de l’actualité. L’annonce déplait, ce qui n’a surpris personne,  à la frange nationaliste de la société québécoise. Des ténors souverainistes, dont l’ex PM québécois Bernard Landry, avaient ouvertement fait campagne contre Mme Jean. Rappelons que ces derniers tirent à boulets rouges sur l’ex-journaliste de Radio-Canada depuis que celle-ci avait accepté le poste de gouverneure générale du Canada de la part de l’ex- premier ministre canadien Paul Martin.

«Michaëlle Jean vient d’être élue à la francophonie… Vous en pensez quoi ? Pour ma part, sérieusement, c’est à l’Afrique, avenir du français et où le français est promis à un bel avenir qu’aurait du être donné cet honneur… L’avenir du français ne se joue pas au Canada, mais en Afrique.», a, sans surprise, réagi sur Facebook une ex-candidate du mouvement souverainiste (Parti québécois) dans le comté de Viau, Tania Longpré.

Les fédéralistes et les Haïtiens jubilent

Complètement aux antipodes des souverainistes, le stratège libéral et conseiller de l’ex-premier ministre québécois Robert Bourassa y a vu une excellente opportunité pour le Québec et pour le Canada. «Je sais que Michaëlle Jean a fait une belle campagne . Bon pour le Québec et le Canada et notre place dans la francophonie internationale. Bravo et félicitations », se réjouit John Parisella.

Tout un sentiment de joie et de fierté chez les Haïtiens d’origine: «Historique!!! Félicitations à notre chère Michaëlle Jean qui succède à Abdou Diouf (Page Officielle) en tant que nouvelle Secrétaire Générale de la Francophonie!!! Première femme, première Haitienne, première Québécois, première Canadienne! Fini le « Boys Club », il était temps d’avoir une femme à la tête de l’OIF!», a explosé l’actrice Fabienne Colas. 

L’arrivée de Michaelle Jean (née à Port-au-Prince, en Haïti, qui a émigré au Québec à l’âge de 11 ans, en 1968) à la tête de l’OIF confirme l’ascension de plusieurs Haïtiens d’origine au sommet de la Fancophonie planétaire. Rappelons qu’un vent similaire avait soufflé l’an dernier lors de l’élection de Dany Laferrière à l’Académie française ou celle de Yanick Lahens qui a décroché récemment le prestigieux Prix Femina

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