Un «Manifeste pour un Québec pluraliste»

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Craignant une dérive dans le dialogue de sourds sur l’identité québécoise, plus de 150 universitaires tirent la sonette d’alarme. Ces intellectuels, qui y voient «un virage dangereux», dénoncent à l’unisson la mainmise d’une frange bruyante et intransigeante qui influence fortement, à leurs avis, les partis politiques alors que ceux-ci refusent de se positionner clairement par crainte de perdre des points dans l’opinion publique.

«Nous sommes d’allégeances politiques et intellectuelles diverses, mais nous partageons une profonde inquiétude quant à la direction que prend le débat sur l’identité et le vivre-ensemble au Québec», tiennent, d’emblée, à préciser ces universitaires dans une pétition dénommée «Manifeste pour un Québec pluraliste» consultée par un journaliste de l’Agence de presse «Média Mosaïque».

 

Comment neutraliser cette frange ?

Les signataires identifient clairement les tenants de «deux courants convergents» qui, selon eux, monopolisent l’agenda de ce débat. Le premier, dont la vision est, selon eux, «nationaliste conservatrice», juge que « le Québec (a) fait de trop larges concessions envers la diversité culturelle ces dernières années», tandis que le deuxième courant «revendique une laïcité stricte», récusant envers et contre tous, « les manifestations religieuses « ostentatoires » dans la sphère publique».

«Or, il existe une autre vision de la société québécoise, plus ouverte, plus tolérante et surtout plus dynamique dans sa conception des rapports sociaux : nous croyons qu’elle correspond, mieux que ne le font les visions que nous venons de décrire, aux exigences de la vie en commun dans une société plurielle et aux orientations sociopolitiques du Québec», écrivent les pétitionnaires pour justifier leur sortie.

 

Favorables à l’interculturalisme

Côté politique, les signataires du manifeste affirment se rejoindre dans le crédo bipartisan de l’interculturalisme. «… Foncièrement, nous adhérons au programme de l’interculturalisme québécois, tel qu’il fut d’abord conçu par le PQ de Gérald Godin et René Lévesque et repris par le PLQ de Claude Ryan et de Robert Bourassa. Le Québec y est vu comme une société pluraliste, dont le français est la langue publique commune», ont-ils soutenu.

«La diversité y est perçue comme une richesse, dans les limites fixées par le respect des droits et libertés de la personne et des valeurs démocratiques. L’interculturalisme cherche également à favoriser les relations interculturelles plutôt que le repli identitaire. À quel aspect de ce programme les critiques du pluralisme s’opposent-t-il exactement, et que proposent-ils?», s’interrogent-ils.

 

Des chroniqueurs pyromanes

Intervenant sur Radio-Canada, l’un des initiateurs de ce manifeste, le professeur Daniel Weinstock, s’en est pris directement à des chroniqueurs qui, dit-il, «deviennent des intellectuels par le fait qu’ils prennent la plume» pour faire valoir leurs points de vue sur la question, alors qu’ils sont incapables de se hisser à une telle dimension, a-t-il déploré. 

Même s’il dit «comprendre parfaitement que les questions d’identité touchent les gens» dans leurs tripes, Weinstock juge inadmissible cette «violence dans le ton par lequel cette question a été abordée dans la blogosphère au Québec, mais aussi par certains chroniqueurs, […] est malsaine. » À son avis, ces chroniqueurs, dont il a préféré taire les noms,  le font «dans l’invective, la caricature, les procès d’intention plutôt que dans l’argumentation sereine.»

 

À la recherche d’un juste milieu

Pour Daniel Weinstock, les signataires sont à la recherche d’une solution de compromis. «La position que nous défendons est très modérée: entre les prérogatives de la majorité,  que nous ne nions absolument pas et les intérêts, les droits, les préoccupations des minorités que nous accueillons après tout pour participer au projet de construction d’une société québécoise, il faut faire une sorte de compromis entre les deux, un mi-chemin…», a expliqué M.Weinstock dont les propos sont repris par l’Agence de presse «Média Mosaïque».

De son côté, Pierre Bosset, professeur à l’UQAM, spécialiste des questions de droits de la personne, également signataire de la pétition résume, à sa façon, le pluralisme, tel que le conçoivent les universitaires. À Rue Frontenac.com, Bosset déclare, et nous le citons, «si l’immigrant doit s’efforcer de s’intégrer à la société d’accueil et respecter ses lois et ses institutions, cette dernière doit veiller à lever les obstacles à son intégration. Le devoir d’adaptation est réciproque, [dans] le respect et la reconnaissance de la diversité », fin de citation.

 

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PHOTO MEDIAMOSAIQUE.Com (Daniel Weinstock et le drapeau du Québec. Il est professeur de philosophie à l’Université de Montréal –où il dirige la Chaire de recherche du Canada en éthique et en philosophie politique. Il est également directeur du Centre de recherche en éthique de l’Université de Montréal)