Le coup de gueule de Gervais Germain

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Par Gervais Germain

Les artistes haïtiens de la diaspora, ne sont-ils pas en train de rater l’occasion d’amener les jeunes professionnels de la communauté haïtienne à consommer les produits culturels haïtiens, tels le théâtre, le cinéma, la peinture, les livres et autres activités littéraires? Pendant que les jeunes étudiants et professionnels d’Haïti, demeurent et restent friands de littérature et surtout de théâtre. – il a toujours été ainsi durant les trente dernières années – à l’Étranger, on a de nouvelles élites au sein des communautés haïtiennes, qui font fi des œuvres artistiques et littéraires de nos créateurs. Ces élites oublient la culture haïtienne en fréquentant pourtant des lieux artistiques étrangers à celle-ci. Ce constat est surprenant quand on sait que ces jeunes professionnels d’origine haïtienne ont des salaires intéressants et sont très éduqués. Alors, il y a lieu de se questionner sur les raisons qui les poussent à abandonner ce qui est Haïtien pour consommer ce qui est Étranger. Ce comportement est-il tout simplement le fruit d’un « bovarysme culturel »? En fouillant davantage le problème, on verra que l’ancienne élite professionnelle haïtienne, formée de médecins, d’ingénieurs, d’infirmières, de techniciens ainsi que de cadres administratifs – ils sont arrivés directement lors de la première vague d’immigration des Haïtiens à l’Étranger, spécifiquement au Canada – n’a guère pris le temps d’initier ses enfants à ces genres de créations artistiques. Les deux (parents et enfants) sont devenus des ‘’outsiders’’ dans leur propre communauté. D’où la fréquence accrue des maux, tels que : délinquance, rejet social, quête identitaire, frustration, au sein de la jeunesse haïtienne en terre étrangère.

N’est-il pas venu le temps de se réveiller, jeunes professionnels de la diaspora haïtienne pour garder en vie la culture haïtienne qui demeure la force et l’honneur d’Haïti? Ce sera une erreur d’y croire autrement. En fait, il ne saura y avoir de créations, s’il n’y pas de consommateurs enclins à s’approprier les œuvres des artistes.

Quand on sait que la diaspora possède davantage les moyens financiers pour acheter un billet pour aller au théâtre et au cinéma, ou pour acheter un CD et un DVD, il y a donc lieu de porter une attention spéciale sur les causes d’une telle manière d’agir de la part de nos élites intellectuelles, économiques, voire professionnelles. À cet effet, le développement du milieu artistique québécois est un exemple frappant de la volonté d’une société désireuse de supporter ses créateurs. Et, par conséquent, comment elle met son identité à l’abri de l’ »impérialisme culturel ».

Pour terminer, sans vouloir faire une démonstration exhaustive et trop scientifique de cette idée, je me limite à supplier les jeunes professionnels des communautés haïtiennes de la diaspora de prendre conscience de leur geste et surtout du rôle qu’ils jouent et seront appelés à jouer dans la survie de la culture haïtienne ainsi que dans la vitalité du secteur artistique de la diaspora. Puisque leurs enfants d’aujourd’hui, s’ils ne sont pas initiés dès maintenant à découvrir la culture haïtienne, à travers les œuvres des créateurs haïtiens, ces enfants, dis-je, ne sauront valoriser une fois de plus cette belle culture, la délaissant au profit de « l’américanisation ».

 

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PHOTOTHÈQUE MÉDIAMOSAÏQUE/Cr JCCH (Une vue de l’assistance lors d’une activité de la Jeune chambre de commerce haïtienne à Montréal)