L’administration Tremblay accusée d’étrangler financièrement les «festivals ethniques»(DOSSIER)

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Les trois festivals «ethniques» qui attirent les plus grandes foules au parc Jean-Drapeau, environ 100 000 personnes selon leurs organisateurs,  dénoncent à l’unisson les agissements de la Ville de Montréal qui leur aurait refusé cette année toute assistance financière et logistique. Des accusations rejetées en bloc par les autorités municipales.

Haïtiens, Latinos et Jamaïcains abandonnent le navire

En effet, l’événement «Week-ends du monde (WEM)» créé en 2006 par le conseiller de ville et responsable des relations interculturelles à l’hôtel de ville de Montréal, Marcel Tremblay, dans le but de promouvoir des festivals dans les différentes communautés culturelles au parc Jean-Drapeau, a encaissé un coup dur en 2009 en raison de la défection des Haïtiens, des Latinos et des Jamaïcains.

Jugeant «inabordables et inadaptées» les conditions imposées par la Ville et par le parc Jean-Drapeau (l’entité para-municipale assurant la gestion du site),  le «Festival international du merengue et de la musique latine de Montréal», le «Festival international de musique haïtienne de Montréal», le «Festival international de reggae de Montréal», ont claqué la porte de cette mégastructure et organisé leurs activités en solitaire cette année avec un budget amputé du support municipal sollicité.

«Média Mosaïque» a appris que, 24 heures avant la tenue de ces événements, les trois festivités ont failli être annulées. Contraints de verser un montant totalisant 130 000 dollars au parc Jean-Drapeau, les promoteurs en question ont dû, à la dernière minute, libeller un chèque certifié, équivalent à la moitié ou presque de la somme exigée à chacun, pour acquitter les frais de location et de dépôt incluant les salaires des employés du site.

Lettre à Gérald Tremblay : Marcel Tremblay cloué au pilori

Pour tenter  de prévenir une quasi-faillite annoncée, les présidents des trois festivals(Rémy Jean Junior, Julio Torres, Eric Blagrove), dans une lettre conjointe en date du 2 juillet 2009 reçue à «Média Mosaïque», avaient pris l’initiative d’alerter le maire de la Ville, Gérald Tremblay, en lui demandant de «s’impliquer». Ils y exposaient un luxe de griefs tout en laissant comprendre au patron de l’hôtel de ville que son frère, en l’occurrence, Marcel Tremblay et son équipe, avec qui ils échangeaient, étaient dans «l’incapacité d’agir», peut-on lire.

En entrevue à l’Agence de presse «Média Mosaïque», Julio Torres, président du Festival international du merengue et de la musique latine de Montréal ainsi que son homologue Rémy Jean Junior et Bédard Josil du Festival international de musique haïtienne de Montréal, crient au scandale. Ils tirent à boulets rouges notamment sur l’initiateur du concept «Week-ends du monde», Marcel Tremblay.

«Nous sommes, à l’instar du «Festival de Jazz», une organisation à but non lucratif et Les Productions Jara c’est la compagnie qui gère le Festival de Merengue. Marcel Tremblay prend plaisir à dire que nous sommes des promoteurs privés, nous ne sommes pas des promoteurs privés», a corrigé Julio Torres.

Intervenant, de son côté,  dans la même lignée, Rémy Jean Junior qui insiste sur l’uniformité de vues et la solidarité des responsables de ces trois événements et de bien d’autres, estime que le responsable des relations interculturelles à la Ville «continue de mentir aux citoyens» en tentant de nier que «les trois festivals (konpa, merengue et reggae) détiennent un statut similaire à celui du « Festival de Jazz », les « Francofolies de Montréal » ou le « Festival Juste pour rire »».

Marcel Tremblay, prend-il la défense des communautés?

Rémy Jean Junior s’attaque également à l’attitude de Marcel Tremblay qui, selon lui, tranche avec le mandat de son poste conçu pour faciliter de meilleures relations entre la Ville et les Néo-montréalais. Car, de l’avis du No 1 du FIMHM, et nous le citons: «Marcel Tremblay n’est pas la bonne personne pour représenter les communautés culturelles à Montréal».

À titre de responsable aux relations interculturelles à la Ville de Montréal, « il faudrait que les gens commencent par se demander pourquoi il ne prend que la défense des employés du  parc Jean-Drapeau au détriment des immigrants ou pourquoi va-t-il toujours dans le sens opposé à tout véritable essor des activités culturelles et ethniques à Montréal?», a questionné le président du Festival international de musique haïtienne de Montréal.

Rémy Jean Junior a critiqué le fait «qu’aucune personne d’origine immigrante n’ait été embauchée au parc. Pas un Noir, un Latino, un Arabe ou autre dans le personnel, cela explique pourquoi la communication se fait aussi difficilement avec cette instance qui n’arrive pas à comprendre que le mixage ou la sonorisation ne saurait être la même pour la  musique antillaise, la musique latino-américaine ou la musique qui vient d’ailleurs», a-t-il avancé.

WEM : «une structure pour gaspiller de l’argent»

Pour Julio Torres, qui aurait accusé un déficit d’environ 60 0000 dollars cette année au niveau du  «Festival international du merengue et de la musique latine de Montréal», le concept «Week-ends du monde» n’est plus ce qui a été défini lors de son lancement en 2006. À son avis, «cela devient une farce et ce n’est rien d’autre qu’une structure imaginée par la Ville pour gaspiller de l’argent».

Justifiant à nouveau sa décision de quitter les «Week-ends du monde», une structure, a-t-il dit, «qui reste insensible aux doléances de ses partenaires» le président du «Festival international du merengue et de la musique latine de Montréal», veut encore des réponses à sa question qui demeure, dit-il, pendante : «Est-ce que nous sommes partenaires des « Week-ends du monde » ou tout simplement des invités»?

M.Torres d’ajouter : «je ne peux pas comprendre pourquoi la Ville de Montréal et le parc Jean-Drapeau refusent systématiquement de nous écouter alors que le Festival du merengue et de la musique latine et le Festival de musique haïtienne sont capables d’amener plus de monde que tous les autres festivals ensemble sur le site.  Certains d’entre eux n’arrivent même pas à réunir 400 personnes», a-t-il critiqué.

Julio Torres ainsi que son collègue Rémy Jean Junior révèlent, par ailleurs, que le budget collecté par la Ville de Montréal auprès des trois paliers de gouvernements et auprès des partenaires privés pour financer les « Week-ends du monde » a été révisé à la hausse cette année alors que les dépenses encourues ont nettement diminué en 2009, estiment-ils. À preuve, ils évoquent le fait que «les plus gros festivals ethniques» aient quitté la barque.

Une grogne généralisée en devenir?

À noter que les présidents de ces trois festivals ne sont pas les seuls à se plaindre des conditions de travail imposées aux promoteurs par les employés du parc Jean-Drapeau. Le PDG des «Fêtes créoles internationales», qui se réserve le droit de faire une sortie publique prochainement, ne peut s’expliquer «l’attitude de la Ville de vouloir contrôler les communautés». Pierre-Gérald Jean dénonce «le manque de transparence inacceptable qui devient la norme des Week-ends du monde» et envisage également de  quitter cette structure à l’orée des dix ans de son Festival.

Pierre-Gérald Jean refuse également d’accepter qu’une instance para-municipale comme le parc Jean-Drapeau ne dispose, a-t-il dit,  en son sein que «d’employés blancs, catholiques et francophones, pour ne pas dire québécois pure souche». Pour mieux exprimer et canaliser ce ras-le-bol qui semble prendre toutes les proportions d’une grogne généralisée, M.Jean souhaite que les promoteurs victimes se réunissent pour répondre de façon stratégique et disciplinée à la Ville de Montréal.

De son côté, la promotrice des événements «Haïti en folie» et «Festival international du film haïtien de Montréal», Fabienne Colas, qui a initié une collaboration cette année avec les «Week-ends du monde» pour le lancement de la première édition de «Dansomania», un festival qui met en évidence (la salsa, le merengue, la bachata, le cha-cha-cha, le baladi, la danse brésilienne, la danse africaine, etc.), n’entend pas non plus rééditer son expérience avec la Ville. Mme Colas qui était hyper-occupée à quelques heures du coup d’envoi de «Haïti en folie», (elle s’affairait à fignoler les derniers préparatifs lors de notre appel) soutient avoir beaucoup à dire dans les prochains jours.

Promoteurs du showbiz mercantile ou de la diversité?

Jean Junior s’inscrit en faux également contre la comparaison de ces trois «festivals ethniques» au groupe Gillett, qui détiendrait, selon lui, via «une entente secrète,  le monopole d’exploiter le parc Jean-Drapeau». Le No 1 du FIMHM rectifie en précisant que «les activités du groupe Gillett sont uniquement à caractère commercial et ne visent aucunement le développement et l’intégration des cultures au sein de la société québécoise.»

Les promoteurs des «festivals ethniques» dénoncent aussi le fait que le parc Jean-Drapeau leur exige un «chèque certifié» pour acquitter les frais exigés. Une attitude qu’ils jugent discriminatoire à leur endroit. Ils doutent que les responsables municipaux imposent un traitement similaire aux promoteurs mieux nantis ou québécois «de souche», dont le groupe Gillett, par exemple. Contacté par la rédaction de l’Agence de presse «Média Mosaïque», Nick Farkas, qui s’occupe des achats pour le groupe Gillett n’était pas disponible pour nous confirmer si la même procédure s’applique régulièrement à son organisation. Dans l’intervalle, Kevin Donelly, un des responsables au parc Jean-Drapeau ou un autre employé subalterne du parc, qui devait nous rappeler n’a pas, non plus, fait signe de vie pour répondre à de telles allégations.

Enfin, ces promoteurs «ethniques» invitent les élus et les responsables municipaux à faire preuve de souplesse à leur endroit. Ce,  pour permettre l’émergence de la diversité dans ce secteur, à savoir, le show-business, où très peu d’acteurs arrivent à s’imposer véritablement dans les communautés culturelles. Tout en promettant d’oeuvrer à l’instar de tous les professionnels québécois, ces promoteurs estiment qu’ils ne peuvent survivre dans des conditions aussi étouffantes  imposées à leur industrie naissante qui favorise l’échange interculturel, la paix sociale et l’épanouissement des Montréalais.

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