La pauvre Haïti expatrie ses millions à Antigua

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«Je suis tombé des nues», a réagi le journaliste canadien qui a fait la mystérieuse découverte. Francis Vailles a trouvé «surprenant» le fait que 412 Haïtiens aient préféré investir ces 219 millions de dollars à Antigua, une île minuscule des Antilles, et les perdre finalement dans le crash de la Stanford International Bank.

 

 

«Moi j’écrivais pour les investisseurs du Québec et du Canada, voyant le nom d’Haïti, je suis tombé des nues parce que, évidemment, Haïti est l’un des pays les plus pauvres au monde alors qu’il y existe 412 personnes qui ont perdu plus de 219 millions de dollars. Ça m’apparait très surprenant quoi!», a commenté l’auteur de l’article, paru le 20 avril dernier dans les colonnes de «La Presse», en entrevue à l’Agence de presse «Média Mosaïque».

M.Vailles, qui traite depuis quelque temps de scandales financiers dans ce quotidien de Montréal, ignore que son article faisait la une des médias en Haïti . Il soutient aussi l’avoir fait, a-t-il dit, «parce qu’ (il) savait que cela pouvait susciter un intérêt vu qu’il y a une communauté haïtienne assez importante à Montréal.»

Haïti au quatrième rang

Ce rapport, produit par la firme «Viantis», fait état des principaux pays dont les clients ont placé de l’argent dans cette banque des Antilles. «C’est des certificats de dépôt essentiellement qui y ont été placés et qui rapportaient soit 5, 6 ou 7% de rendement», a-t-il précisé.

«Les principaux clients sont aux États-Unis (4 400 clients), au Venezuela (10 400 clients). Il se trouve qu’Haïti se trouve au sixième rang avec 412 clients dans cette liste de pays ayant le plus important volume d’investissements», a-t-il vérifié dans ledit rapport.

En effet, «412 clients résidant en Haïti ont investi une somme globale de 219 millions 667 mille dollars, ce qui correspond à 3% de l’ensemble des fonds déposés dans cette banque évalués à 7,2 milliards de dollars, selon le syndic de la Stanford Bank», a informé le journaliste qui détient une copie du rapport en sa possession.

Les Canadiens, de leur côté,  sont au nombre de 224 à perdre leurs avoirs (308 millions de dollars US) dans cette fraude massive, a investigué Francis Vailles qui mentionne également dans son article que ledit établissement financier antillais disposait d’un bureau de représentation de 5 employés à Montréal, sur la rue McGill College. Des locaux qui sont pour le moment fermés et dont le coût du loyer était de 17 629$ par mois.

Qui sont ces clients haïtiens?

À cette question, M.Vailles dit n’avoir «aucune espèce d’idée, à savoir, s’il s’agit de trafiquants de drogue, de dilapidateurs de fonds publics au niveau de l’administration publique haïtienne ou d’hommes d’affaires en bonne et due forme».

«Ces individus ne sont pas connus et ce serait quand même étonnant qu’ils finissent par l’être, puisque ce sont des investisseurs. Il est rare qu’une liste d’investisseurs soit publiée»

Il évoque, à titre de comparaison, le scandale Norbourg à Montréal où des centaines de millions de dollars ont été fraudés notamment par le No un de la compagnie, Ronald Lacroix, sans que l’on ne sache jusqu’ici à qui appartenait nommément ces millions volés.

Peut-on exiger une publication de la liste?

Répondant à cette interrogation de l’Agence de presse «Média Mosaïque», dubitatif, Francis Vailles a tout de même évoqué une telle possibilité. «Cela peut éventuellement se faire, a-t-il admis, à condition qu’il y ait un recours collectif».

«Si les gens qui ont acheté des certificats de dépôt de cette banque-là, autrement dit, qui ont prêté de l’argent en retour d’un investissement, s’ils sont considérés comme des créanciers de cette banque, il serait possible au Canada, si les dossiers étaient faits à partir du droit canadien, que la liste des noms soit publiée», a laissé entendre M.Vailles.

Quoique possible, il nourrit tout de même des doutes. Car, a-t-il avancé, «il faut retenir que le syndic est à Antigua qui est un paradis fiscal. Les paradis fiscaux sont toujours sous le secret bancaire et il serait surprenant que les lois là-bas autorisent la publication de la liste des investisseurs et des créanciers.»

 

(PHOTO)

Image MEDIAMOSAIQUE.COM (en haut à gauche, Francis Vailles. Tojours en haut, à droite, le bicolore (bleu et rouge) d’Haïti avec en-dessous le drapeau d’Antigua, tandis qu’en bas, l’enseigne de la Stanford International Bank).