Les jeunes d’Haïti, écartés des négos de la «reconstruction»?

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Une organisation de jeunes se plaint du fait que la force vive que constitue la jeunesse aurait été mise à l’écart dans les consultations enclenchées avec la communauté internationale en vue de la reconstruction d’Haïti. Au regard de l’immense ouvrage qui attend les différents protagonistes, Corejene, par la voix de son président, Herns Mésamours, préfère parler de «refondation».

 

 

Tout est à repenser dans un pays, dit-il, où «cinq (5) familles de la capitale contrôlent plus de 60% des ressources nationales». Vu le climat dans lequel se déroulent les pourparlers, Herns Mésamours prédit que, sans une vision radicale de choses,  «la reconstruction du pays ne sera rien d’autre que la reconstitution des richesses de quelques privilégiés du statu quo exclusiviste, monopolistique et néo féodal, qui existent en Haïti depuis son indépendance». Ci-dessous la version intégrale de sa mise au point reçue à la rédaction de l’Agence de presse «Média Mosaïque». 

 

RECONSTRUCTION D’HAITI

 

Position des jeunes du Nord et du Nord-est d’Haïti

 

Le mardi 12 janvier 2010 à 4hres 53 de l’après midi, mon pays Haïti a connu une catastrophe sans précédent. La terre a tremblé à la capitale. Sous des secousses de magnitude 7.2 sur l’échelle de Richter, les dégâts sont énormes. Si pour la présidence haïtienne 300,000 personnes y ont laissé leur vie, pour l’Eglise Catholique d’Haïti le chiffre se situerait autour de 500,000. Dépassé par l’ampleur des dégâts, l’Etat haïtien n’a pas pu réagir à temps pour sauver les centaines de milliers de personnes emprisonnées sous les décombres. Selon les estimations, les dégâts sont ainsi chiffrés à 1,5 million de sinistrés, 200,000 maisons détruites ou endommagées et 150,000 blessés.  Les dégâts matériels sont estimés par la Banque Interaméricaine de Développement à 12 milliards de dollars, 80 % de l’économie nationale serait sous les décombres. 

Selon l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) sur une population de 8 763 588, 58.3 %  ont 15 à 64 ans, 36.5% ont moins de 15 ans, 11% ont moins de 5 ans. C’est évident que la majorité des victimes est constituée de jeunes et d’enfants. Les conséquences sociales et économiques de cette catastrophe sur cette catégorie vulnérable de la population est considérable.

Sans prendre en considération cet état de fait, l’avenir d’Haïti serait plus sombre que l’on pourrait imaginer.

C’est en ce sens que COREJENE, au nom des jeunes haïtiens et haïtiennes, remercie la communauté internationale et défend l’idée de réformes structurelles durables et adaptées aux réalités haïtiennes sans lesquelles la reconstruction du pays ne sera rien d’autre que la reconstitution des richesses de quelques privilégiés du statu quo exclusiviste, monopolistique et néo féodal, qui existent en Haïti depuis son indépendance.

Avec la situation catastrophique qui prévaut dans mon pays, les programmes et projets de reconstruction pullulent. Chaque secteur, chaque ONG, a son plan en poche. On ne sait par quelle magie ceux et celles qui depuis des décennies de l’intérieur comme de l’extérieur ont contribué à ruiner l’économie haïtienne, deviennent aujourd’hui des bâtisseurs. A la faveur des promesses de dons venus de partout, résultat d’une solidarité internationale sans précédent en faveur d’Haïti, en veux-tu-en-voilà, les plans de reconstruction sont nombreux. On attend le déblocage des fonds, pour « reconstruire Haïti ». On se dispute le droit de gérer l’aide et de redécouper les nouvelles zones de rapines économiques de toutes sortes.

Nous profitons de la présente pour dire attention!

Si en urgence nous devons : Améliorer la santé, l’éducation et le bien-être des enfants et des jeunes victimes lors du séisme; Favoriser la réussite éducative des jeunes, car ils sont l’avenir du pays;   Si de façon ponctuelle nous avons l’obligation de : Favoriser l’insertion professionnelle des jeunes, Améliorer le soutien offert aux jeunes en termes de cantines scolaires et autres; S’il est indispensable d’ accroitre la présence des jeunes dans la société, d’élaborer un régime de prêts et de bourses d’étude pour les jeunes étudiants, d’augmenter les fonds alloués au financement de l’Université d’État d’Haïti via des budgets décentralisés, d’Assurer la participation des jeunes et de la représentation de leurs intérêts à travers les sphères décisionnels; la vraie reconstruction d’Haïti passe par des réformes institutionnelles en profondeur : il s’agit également de la refondation du pays.

Car, depuis plusieurs décennies, Haïti est sous perfusion de l’aide internationale. Comme conséquence: le fossé entre les riches et les pauvres n’arrête pas de s’agrandir. Au lieu de développer le pays, l’aide est souvent détournée au profit de quelques privilégiés qui contrôlent les artères du pouvoir politique et de l’administration publique.  Les riches deviennent plus riches, les pauvres n’ont plus qu’à crever dans les bidonvilles crasseux sans aucune infrastructure. A chaque régime politique, de nouveaux scandales de détournement de fonds publics et de l’aide internationale. Le cas le plus récent est la gestion inexplicable de 197 millions de dollars qui devaient servir pour voler au secours de sinistrés de l’Ouragan Katerina aux Gonaïves, à environ 190 kilomètres au nord de la capitale. Il y a aussi les fameux plans en faveur des éleveurs de cochons indigènes. L’Etat haïtien a ainsi détruit l’économie rurale en promettant aux paysans que son plan allait prendre en charge les paysans victimes. Environ 30 ans après, les conséquences économiques de ce fameux plan se font sentir dans le milieu rural. Les paysans sont obligés de fuir vers la capitale.

Pour nous autres, jeunes haïtiens et haïtiennes, la solution au problème d’Haïti doit passer par des réformes institutionnelles en profondeur, ce qui favoriserait une large participation de la population. En conséquence, ces réformes permettraient de combattre les monopoles exclusivistes, d’encourager des investissements directs, la création d’emplois, et faciliter l’intégration des jeunes.

L’augmentation de l’aide a toujours signifié l’augmentation de la corruption, l’augmentation des luttes politiques pour le contrôle de l’aide. Sans des réformes structurelles en profondeur, rien ne changera en Haïti. Pour donner à ce devoir de réforme une base concrète, les jeunes haïtiens et haïtiennes proposent l’établissement d’un Marché commun avec la République Dominicaine avec laquelle nous partageons 300 kilomètres de frontière terrestre. Un objectif qui permettrait à la communauté internationale de suivre l’effort de modernisation d’Haïti, en fonction d’un agenda qui fixerait les mesures à adopter pour rapprocher l’économie haïtienne de celle de la République dominicaine.

Le système d’exclusion qui régnait en Haïti depuis l’esclavage persiste et résiste. Depuis l’occupation américaine de 1915, il est caractérisé par la centralisation et la concentration qui ne sont en fait qu’un système sociopolitique et économique de prédation qui draine toutes les ressources du pays vers un petit groupe de privilégiés.

Environ cinq (5) familles de la capitale contrôlent plus de 60% des ressources du pays. Aujourd’hui le projet démocratique est devenu une ploutocratie. La construction théorique qui constitue le fondement du processus démocratique en Haïti a effondré. Plus qu’on réalise des élections, plus les scrutins sont frauduleux. Les représentants sont ainsi plus médiocres et plus corrompus.

C’est triste et décevante pour nous autres jeunes qui cherchent des modèles de constater que ce sont, dans une certaine mesure, des trafiquants de drogue, des kidnappeurs, des squatteurs et dilapidateurs de fonds publics qui soient les seuls aptes à briguer des postes pour lesquels ils ne sont pas qualifiés.

Au lieu de signifier la participation populaire, élection est devenue une farce pour la légitimation de la mauvaise gouvernance. Certains acteurs de la communauté internationale l’utilisent pour masquer la réalité et justifier leur présence en Haïti : De la  poudre aux yeux de l’opinion publique. Pourtant, la diminution croissante de la participation des votants lors des joutes est une preuve du mal qui paralyse les avancées démocratiques en Haïti.

Pour les jeunes d’Haïti, le changement n’est pas volontariste. Les privilégiés resteront accrochés à leurs monopoles. La Communauté internationale doit nous aider à contraindre l’Etat haïtien à faire des réformes en profondeur dans des secteurs comme la douane, la télécommunication, le système judiciaire, le système fiscal, le système financier, le cadastre, le système éducatif qui nous a laissés ignorants et ignorantes des phénomènes sismiques, l’université… La constitution haïtienne doit être réformée. Le secteur privé haïtien doit s’adapter à la compétition qui à ce carrefour est le seul moyen de créer des opportunités. L’aide internationale doit aller dans ce sens.

Même quand de façon ponctuelle les jeunes d’Haïti souffrent de la destruction de leurs établissements scolaires – de leurs centres universitaires, même quand nous pleurons encore la mort des milliers de jeunes tués dans leur salle de classe, même quand nous savons que le nombre des enfants orphelins livrés à eux-mêmes dans les rues est en nette augmentation, que les cas de trafic d’enfants et de la traite humaine en général seraient en nette augmentation dans les mois à venir ;

Même quand de façon ponctuelle nous espérons des actions en faveur des jeunes en termes de bourses d’étude, d’encadrement des écoliers, de prise en charge des orphelins, nous donnons priorité aux réformes structurelles qui une fois pour toute changeraient le destin d’Haïti.

Aidez nous à achever la révolution libertaire de nos ancêtres, cette révolution qui a donné naissance à Haïti, l’unique Etat créé à partir d’un mouvement d’esclaves, la seule révolution d’esclaves de toute l’histoire de l’humanité. Nous, Haïtiens et Haïtiennes, continuons de croire en ce génie qui a guidé nos ancêtres. Ces ‘‘nègres’’ et ‘‘régresses’’ qui ne représentaient, aux yeux des esclavagistes que des bêtes de sommes destinées à la plantation, ont su choisir la liberté. Même dans l’adversité, nous gardons notre moral. Etant habitués à forger notre indépendance, nous gardons confiance qu’Haïti brisera ce système d’exclusion qui empêche l’unité et ce système qui casse l’élan national depuis 200 ans.

Nous sommes d’autant plus rassurés par la manifestation de solidarité des peuples des cinq (5) continents de ce monde et des quatre points de la terre.

Ce 12 janvier 2010, de façon spontanée, des citoyens et citoyennes de la République Dominicaine, ont attendu des heures pour offrir leur sang au secours des blessés haïtiens. Le peuple de la République voisine avec laquelle nous avions des contentieux historiques nous a aidés avec dignité, c’est une preuve que le monde peut changer dans le sens du bien. La culture de la vie finira par régner sur celle de la mort : de la guerre, des massacres et celle des armes de destruction massive.

Les jeunes d’Haïti sont optimistes. Ils comptent sur votre support pour une approche responsable dans la recherche d’un plan de reconstruction durable pour Haïti.

Merci!     

Une autre Haïti est possible, ensemble construisons-la !

Herns Mesamours
President
corejene@yahoo.fr
Cell: 3770-4070
Cell: (229) 364-8330