Immigration: le destin croisé des Italiennes et des Africaines (CINÉMA)

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L’immigration des jeunes femmes italiennes de 1950 à 1960 au Canada et celle des Africaines en 2010 vers l’Occident dégagent beaucoup de similarités, telle est la thèse soutenue par le cinéaste montréalais d’origine italienne, Gianni Princigalli.

Si dans les années 50, la photo était le support à partir duquel les Italiennes fantasmaient à l’idée d’immigrer à Montréal pour retrouver l’âme sœur, c’est le Webcam ou l’Internet qui fait le job aujourd’hui dans le cas des Africaines, a rapporté le réalisateur dans une entrevue que lui a accordée l’Agence de presse «Média Mosaïque».

Informé de l’existence de bon nombre de sites Web servant d’entremetteurs entre des Italiens, des Français, des Canadiens, souhaitant épouser des jeunes filles africaines, le cinéaste y voyait un sujet passionnant, d’où l’idée de réaliser «Les fleurs à la fenêtre» qui succède à «Hi fatto il mio coraggio (J’ai fait mon propre courage)» au sein duquel il mettait le focus sur l’immigration italienne.

 

«Les fleurs à la fenêtre» : accueil ?

Sur la scène québécoise, ce nouveau  documentaire de Gianni Princigalli a déjà fait successivement «Vues d’Afrique» (avril 2010), Festival du Film Black de Montréal (septembre 2010). Il sera projeté bientôt à Maison de l’Afrique (décembre 2010) dans le cadre des célébrations entourant les 50 ans des indépendances africaines.

À l’étranger, le film a été  sélectionné aussi aux festivals «Ecrans Noirs» de Yaoundé et «Images et Vie» de Dakar en juin 2010, mais il a été retiré par la production pour faciliter parallèlement sa sélection au festival de Venise, a informé l’intéressé qui précise également que d’influentes personnalités du monde universitaire ou communautaire du Canada, bien imbues des réalités migratoires africaines, sont assez élogieux envers ledit documentaire.

 

Photo ou Webcam : impacts sur ces potentielles immigrantes

Qu’il s’agisse des photos qui ont enthousiasmé les Italiennes entre 1950 et 1960 ou du Web actuellement qui connecte les Africaines à leurs correspondants masculins en Occident, le support joue «un rôle moteur» et devient l’instrument permettant d’idéaliser l’éventuelle relation qui va faire basculer le destin de ces potentielles immigrantes.

 «Quelqu’un qui n’est jamais sorti de son pays où il a très peu de chances de s’en sortir, dans le cas de ces Africaines, qui arrive à retrouver, dans certains cas, l’amour romantique avec le rêve de vivre dans pays meilleur, il n’y a pas mieux qu’Internet», a soutenu Princigalli qui a séjourné pendant un mois au Cameroun pour recueillir les impressions de Nadège, d’Amélie et de Léonie.

Surtout, a poursuivi le documentariste d’«Héros Fragiles, cinéma art & culture production», que « la télévision, le cinéma, la publicité, font passer un message très positif de  l’homme blanc auprès de ces filles africaines qui pensent, de façon tout à fait naïve,  que l’homme blanc est riche, beau, généreux, démocrate…»

 

Un beau risque : eldorado versus désillusions

Le réalisateur raconte le cas de certaines filles cubaines qui sont retournées volontairement dans leur pays après avoir émigré vers l’Italie. Trop de désillusions, a-t-il expliqué. «Elles imaginaient vivre dans un beau quartier à Florence, Venise ou à Rome, alors que, souvent, en arrivant sur place, plusieurs d’entre elles se retrouvent dans un petit village éloigné, une situation qui contraste avec l’image qu’elles avaient avant d’immigrer.»

Dans «Les fleurs de la fenêtre», Gianni Princigalli évoque également le cas d’une de ces filles africaines pour qui  le destin a mal tourné. En fait, celle-ci s’est retrouvée, comme elle avait rêvé de le faire, dans la capitale française (Paris), mais, à son insu, dans un réseau de prostitution.

 

Immigrantes d’amour : regard personnel de l’auteur

Princigalli n’a nullement l’intention de juger le comportement de ces femmes. À la question : «encouragez-vous ou blâmez-vous cette forme d’immigration»?  le réalisateur, de répondre : «je ne décourage pas parce que je pense que l’amour et l’immigration, c’est des choses auxquelles tout le monde a droit. Cela existe depuis que le monde est monde.»

Selon lui, «les anciens peuples ont fait pareil. Chacun a le droit d’immigrer pour le travail, par amour». Ce producteur établi à Montréal, où il enseigne aussi le 7e art, envisage, avec l’aide d’un professeur de cinéma de l’UQAM, Viva Paci, de réaliser un coffret qui contiendra les deux documentaires en question. Il veut que les gens puissent voir les deux histoires ensemble.

Le réalisateur, qui est lui-même un Montréalais issu de l’immigration (il est né à Bari) se dit de plus en plus intéressé aux histoires mettant de l’avant le vécu des immigrants, et cela peu importe la culture ou la nationalité. Si vous avez des histoires à raconter, M.Princigalli est joignable par courriel à l’adresse : princigianni@yahoo.it.

 

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PHOTO MEDIAMOSAIQUE.Com/ Cr G.P (Images montrant à gauche l’affiche du documentaire «Les fleurs à la fenêtre», au centre,  le cinéaste Gianni Princigalli, à droite, les Italiennes à leur arrivée au Canada entre 1950 et 1960)