De la «condescendance» dans les rapports entre les médias québécois et la diversité?

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Le propriétaire des Éditions Grenier dénonce ce qu’il appelle «une condescendance» imposée, selon lui,  par la grande presse québécoise dans ses relations avec la diversité. «C’est une condescendance qu’il faut à tout prix combattre», a martelé le Montréalais d’origine tchadienne, Moïse Mougnan.

 

Des médias coupés de la population?

Mougnan, qui fait découvrir des trésors cachés au Québec via maison d’édition, estime que les médias traditionnels du Québec sont encore «trop frileux» et font preuve, à son avis, d’un «conservatisme anachronique» envers le vécu des communautés à un moment où, de l’autre côté de la frontière, Barack Obama occupe la plus haute fonction élective des USA.

À l’instar du peuple américain, le Montréalais estime que «les Québécois sont prêts  au changement», mais, a-t-il déploré, «ces médias trop conservateurs s’obstinent à ressasser un passé» dont la réalité ne reflète nullement celle du Québec d’aujourd’hui.

 

Médias et politiciens : même attitude

Dopé par l’affluence métissée ayant répondu au lancement de sa toute dernière publication, le 21 mars dernier à la Maison de l’Afrique, Mougnan s’en est d’ailleurs servi pour illustrer l’ouverture de la population «de souche» envers les invitations de la diversité en dépit du fait que celles-ci soient ordinairement boudées par les rédactions québécoises.

«C’est malheureux et déconcertant de voir que ces médias traditionnels, quand on les convie, ils ne sont jamais là. C’est très grave! C’est la même tendance du côté des politiciens  du Québec qui se présentent seulement quand il y a de la rentabilité politique, quand l’auteur est déjà une célébrité,  et s’inscrivent aux abonnés absents dès qu’il s’agit d’un talent encore anonyme», a critiqué l’éditeur.

 

Des créateurs livrés à eux-mêmes

Selon lui, «le Québec a tout intérêt à faire la promotion de ces talents inconnus du grand public  et le retour sur investissement est garanti». Car, «la province va  s’enrichir automatiquement une fois que ces valeurs cachées explosent», a-t-il argumenté.

«Vous n’imaginez pas comment l’estime de soi de ces créateurs se renforce quand on leur permet d’exposer leurs œuvres au vu et au vu de tout le monde. Il faut que les médias aillent vers ces gens-là et c’est ça que le Québec n’arrive pas encore à saisir.»

 

Le Québec à la traine en Occident

Évoquant la situation qui prévaudrait dans des milieux occidentaux analogues à la société québécoise, Moïse Mougnan a jugé qu’ «un pays comme la France s’enrichit de sa diversité, de même que  l’Angleterre, pourtant  le Québec est à la traine et ne prend même pas conscience de son retard.»

«Il y a des talents et des compétences au Québec, issus  de la diversité. Il suffit que le système les intègre et cela fera rayonner le Québec tant au niveau national qu’international, mais hélas, le système est encore réticent, mais ça va changer inéluctablement», a-t-il parié.

 

Main tendue

Le coup de gueule du propriétaire des Éditions Grenier se veut pourtant «une main tendue», a-t-il toutefois laissé entendre. Il plaide en faveur d’«une nouvelle ère d’échanges et de réciprocité» entre la presse québécoise et la diversité qui, démographiquement, s’impose dans la population en raison du poids de l’immigration.

«C’est le nouveau visage du Québec qui le dicte et c’est par la culture que ce nouveau Québec va de plus en plus se définir. Les Québécois «de souche» et la diversité se fusionnent de plus en plus et tout le monde est curieux de découvrir l’autre», a-t-il fait remarquer.

Soulignant au passage l’apport de l’Agence de presse «Média Mosaïque», Moïse Mougnan dit «saluer la nouvelle dynamique initiée au Québec par Média Mosaïque qui a permis de faire connaître ces valeurs cachées que les grands médias québécois choisissent délibérément d’ignorer».

 

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PHOTO MEDIAMOSAIQUE.Com (L’éditeur et propriétaire des Éditions Grenier, Moïse Mougnan, à gauche, aux côtés de l’auteur Guy Amou, à droite, le 21 mars 2010, lors de sortie officielle de l’ouvrage de ce dernier la Maison de L’Afrique à Montréal).