Shanmugasunder Chetty, d’origine indienne (Inde) était en 2007 coordonnateur de Télédiversité, un événement annuel commandité par Quebecor. Shan, comme on l’appelle couramment, travaille présentement pour le Gouvernement du Québec.
Effet Obama dans le sacre d'Ignatieff?
La diversité et le rêve québécois ou canadien
Je crois qu'il faut d'abord établir en quoi consiste le fameux « rêve américain ». Il me semble que cette expression est apparue dans les années 50, pendant de la période de prospérité qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale. Il s'agit d'une sorte de style de vie idéal auquel tous les Américains pouvaient aspirer.
À l'époque le « rêve américain » était souvent représenté par des images stéréotypées comme une maison en banlieue, une belle auto, une femme dévouée (ou un mari selon le cas) et deux enfants charmants. L'idée du « rêve américain » est essentiellement une glorification de la classe moyenne.
Donc, comment ce rêve se traduit-il pour les immigrants au Québec? C'est certain que la grande majorité des personnes qui immigrent au Québec, ou ailleurs au Canada, le font pour améliorer leur qualité de vie. Il est également vrai que les immigrants font face à des obstacles additionnels auxquels les Québécois « de souche » ne font pas nécessairement. C'est tout un débat en soi et je ne m'y attarderai pas pour le moment.
Toutefois, je ne crois pas qu'il soit plus difficile d'accéder à la classe moyenne au Québec qu'il l'est aux États-Unis. Bien que les États-Unis aient la réputation d'être « The Land of Opportunity », les immigrants au Québec bénéficient d’un certain nombre d’avantages que nos voisins du Sud n'ont pas; notamment des soins de santé gratuits, des coûts d'études supérieures abordables et un coût de vie généralement plus faible.
Autre considération, la crise économique actuelle démontre que le modèle américain ne favorise pas toujours la classe moyenne. Le « rêve américain » s'est effondré pour des millions d'Américains qui se retrouvent fortement endettés et incapables de payer leurs créditeurs. Pour le moment, les Québécois s'en sortent beaucoup mieux.
Selon moi, on ne peut plus se baser sur une seule définition du « rêve américain » ou du « rêve québécois ». Les transformations au niveau du marché du travail, les changements dans les valeurs et les progrès technologiques continuent à avoir une influence sur notre style de vie. L'important n'est pas de pouvoir s'identifier à une image ou un statut quelconque, mais plutôt de se sentir satisfait et accompli dans tous les aspects de sa vie. Ce n'est pas toujours facile, mais c'est toujours possible.
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Les immigrants ne votent pas, est-ce vrai?
Par contre, il est vrai que les immigrants se sentent bouleversés lorsqu'ils arrivent dans un nouveau pays et qu'ils ne comprennent pas tous les sujets qui sont débattus lors des campagnes électorales. Par exemple, lorsqu'il est question du débat sur la souveraineté du Québec, il s'agit d'une lutte dont les racines remontent à l'ère coloniale. Les nouveaux arrivants au Québec se retrouvent comme une tierce partie dans cette lutte entre deux camps bien définis. Certains préfèrent, peut-être, s'abstenir de voter au lieu de se prononcer sur un sujet par lequel ils se sentent peu concernés.
Personnellement, je crois que les immigrants doivent non seulement voter, mais s'impliquer davantage dans la politique. Comme nous l'avons vu dernièrement aux États-Unis avec l'élection du Président Obama, les communautés culturelles votent en grand nombre lorsque un des leurs se présente comme candidat. Étant d'origine indienne, je trouve que ma communauté est très bien représentée au niveau fédéral. Il y a actuellement 8 députés d'origine indienne qui siègent au Parlement canadien.
S'il y a des efforts à faire pour encourager les gens à voter, je ne crois pas qu'on devrait se limiter aux communautés culturelles. Les statistiques démontrent que le taux de vote aux élections est en déclin constant depuis au moins une trentaine d'années. Il est dommage que de plus en plus de personnes développent une attitude d'indifférence vis-à-vis du processus électoral. Je suis d'avis que tous les citoyens (peu importe leurs origines) doivent exercer leur droit de vote et apprécier le fait de vivre dans une société démocratique.
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Les couples mixtes sont nombreux au Québec
D'abord, je crois qu'il est bon d'aborder ce sujet avec un peu de perspective historique. Il y a une centaine d'années, il aurait été quasiment impensable de voir un couple mixte. Il y a une cinquantaine d'années, il y avait des couples mixtes, mais ils étaient très rares. Ce n'est que depuis une trentaine d'années qu'il est devenu normal de voir des couples mixtes. Il s'agit d'une des nombreuses transformations sociales qui continuent à façonner la société occidentale.
De nos jours, la plus grande opposition à des couples mixtes ne provient pas de la société en générale, mais plutôt des familles et des proches des personnes concernées. Je peux très bien comprendre le père musulman qui voudrait que sa fille épouse un jeune homme musulman ou la mère québécoise «de souche» qui voudrait que son fils se trouve une conjointe québécoise. Selon moi, on ne devrait pas être accusé d'intolérance ou de racisme si on désire que ses valeurs et ses coutumes soient transmises à la prochaine génération.
Justement, que devient-il des enfants de couples mixtes? J'en connais qui s'identifient parfaitement aux cultures des deux parents, j'en connais d'autres que ne s'identifient qu'à la culture d'un de leurs parents et j'en connais aussi qui rejettent les cultures des deux parents pour s'immerger entièrement dans la culture « mainstream ».
Ceci étant dit, je crois que la facilité de vivre une relation mixte dépend entièrement de la facilité de chacun des partenaires à accepter les différences de l'autre et à gérer les pressions externes qui pourraient apparaître. Ceci peut se vivre de façon très différente pour différentes personnes. Il est simplement impossible de généraliser.
En terminant, je crois qu'on doit tous se poser les mêmes questions avant d'entreprendre une nouvelle relation, que ce soit dans un couple mixte ou non. Qu'est-ce qu'on gagne? Qu'est-ce qu'on perd? Et quel est le potentiel à long terme? De nos jours, nous avons la possibilité d'essayer, d'échouer et de réessayer en matière d'amour. À chacun ses choix... en espérant qu'ils seront les bons!
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La diversité commente le départ de Mario Dumont
D’abord, j'ai une certaine admiration pour monsieur Dumont en raison du fait qu'il ait pu fonder un parti qui est devenu une force majeure sur la scène politique au Québec. De plus, pour quasiment toute l’histoire de l’ADQ, il était le seul visage reconnaissable de son parti. Le charisme et la détermination du jeune Mario Dumont lui ont permis de convaincre de nombreux électeurs.
Ceci étant dit, le plus grand défaut de l'ADQ c'est que le parti n'a jamais pu se créer une vraie identité. Le Parti Québécois est souverainiste, le Parti Libéral est fédéraliste, mais l'ADQ se positionne où au juste? Lorsque les électeurs se sont tournés vers l’ADQ, c’était souvent en rébellion contre les deux partis plus établis.
Dans les dernières années, monsieur Dumont a tenté de renforcer l’identité de l’ADQ en s’attaquant à la question des « accommodements raisonnables ». Je me souviens particulièrement de sa vive opposition à l’enseignement des grandes religions dans les écoles secondaires. Est-ce que monsieur Dumont prône l’ignorance plutôt qu’une meilleure compréhension des valeurs de chacun? Je crois que cette stratégie lui a fait perdre tout soutien qu’il avait auprès des communautés culturelles. En ce qui a trait à la diversité, j’ai été assez déçu de sa plateforme.
Maintenant que Mario Dumont a quitté la vie politique, il reste à voir quel impact il aura dans le monde de la télévision. Espérons qu’il saura retrouver le charisme qu’il avait en début de carrière.
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Rencontre historique à Ottawa entre deux chefs d'États noirs
Par ailleurs, certaines personnes ont critiqué le fait que la Gouverneure générale ait soulevé le point de la pauvreté dans son pays natal d'Haïti. Bien que je soutienne entièrement la cause de combattre la pauvreté en Haïti (comme partout dans le monde), je suis d'avis que ce n'était peut-être pas l'occasion pour aborder ce sujet. Il s'agissait d'une rencontre officielle entre les chefs d'État et l'agenda aurait dû se tenir aux sujets qui sont d'intérêt commun aux deux pays, tels l'économie, l'environnement et la guerre en Afghanistan. Pourrait-on s'imaginer un Gouverneur général d'origine tamoule qui prend parti pour les Tigres Tamouls ou un Gouverneur général bouddhiste qui prône la cause d'un Tibet indépendant? Bien qu'ils puissent avoir des causes qui les tiennent à coeur, les chefs d'État ne doivent jamais oublier les populations qu'ils représentent.
Pour ce qui est de l'élan que cette rencontre peut donner à la diversité, les effets ne seront pas palpables immédiatement. Toutefois, il est clair qu'un tel événement contribue à sensibiliser le public au phénomène croissant de la diversité. Le fait que ces deux personnes aient pu atteindre les postes prestigieux qu'ils occupent aujourd'hui est la preuve qu'il est possible de réussir aux États-Unis ou au Canada peu importe ses origines.
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Barack Obama a dû surmonter des obstacles pas mal plus importants pour devenir le Président des États-Unis. En plus d'être noir (ou moitié noir, si vous préférez), il a un nom typiquement ethnique. Bien que le nom « Ignatieff » ne sonne pas très canadien, je crois que la plupart des gens ignoraient le fait qu'il est d'origine russe. À ma connaissance, Michael Ignatieff ne parle pas souvent de ses racines et il ne cherche pas à se rapprocher de la communauté russe. Par conséquent, quand les gens voient Micheal Ignatieff, ils ne voient pas un politicien issu d'une minorité. D'ailleurs, c'est pourquoi on utilise le terme « minorité visible » au Canada. De plus, le contexte social dans les deux pays n'est pas le même. Le Canada a toujours été un pays plus multiculturel et nous n'avons pas une histoire de tensions raciales comme aux États-Unis.
S'il existe un « effet Obama », je crois qu'il se manifeste plutôt dans le fait que nous sommes tous plus ouverts à accepter des gens de différentes origines ethniques dans des rôles non traditionnels. Aujourd'hui, il n'y a aucun choix de carrière qui semble hors de portée.
J'aimerais profiter de cette occasion pour ouvrir une petite parenthèse. Bien que nous ayons tous été emportés par la vague d'enthousiasme générée par Obama, il est ridicule de croire que tout nouveau progrès sur le plan de la diversité est attribuable à cet homme. Il est également un peu ridicule de comparer toute personne issue d'une minorité et qui atteint une certaine notoriété à Barack Obama. D'ailleurs, c'est quelque chose que j'ai remarqué dans plusieurs articles sur MEDIAMOSAIQUE.COM. Dire qu'un politicien émergent est le prochain Barack Obama est un peu comme dire qu'un joueur de hockey talentueux est le prochain Wayne Gretzky. Il y aura seulement un Wayne Gretzky et il y aura seulement un Barack Obama. Chacun doit se faire son propre nom.
Le phénomène de la diversité n'a pas commencé avec Obama et j'espère que ça ne se terminera pas avec Obama. Il est simplement le symbole le plus visible. Certains journalistes aux États-Unis qui disent qu'on vit actuellement dans une ère post-raciale, où la race n'est plus un facteur dans la société. À mon avis, il s'agit d'une exagération. Mais, ça me donne espoir qu'on se rapproche de plus en plus du fameux rêve de Martin Luther King Jr. « ...they will not be judged by the colour of their skin, but by the content of their character ».